mardi 3 novembre 2020

Survole sur la littérature palestinienne: Les cas de Jabra Ibrahim Jabra et d’Émile Habib


                               Émile Habib et Jabra Ibrahim Jabra

deux majeurs écrivains palestiniens, un reste en Palestine et refuse de partir après la création d'israël en 1948, l'autre part avec sa famille et s'installe en Irak, chacun raconte l'histoire palestinienne à sa manière.

Par: Adam Mira

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Introduction :

 

Lorsque l’on parle de la littérature palestinienne, on distingue rapidement que les écrivains palestiniens abordent deux idées : la première, celle de l’identité qui est menacée de disparaitre  avec le temps, et la deuxième est de raconter l’histoire d’un peuple qui a été chassé par les milices sionistes de leur patrie et de décrire l’exil et la vie des réfugiés dans les camps implantés un peu partout au Moyen-Orient.      

Cette littérature singulière commence des années après :

-       La création de l’état hébreu en 1948; 

-       L’émergence de la question palestinienne;

-       Et le début de mouvement clandestin qui cherche à libérer la Palestine et à émanciper le peuple palestinien de son humiliation et sa défaite.     

Pendant que les écrivains palestiniens font leur premier pas  en écrivant leur premier roman, les écrivains arabes ont déjà fait un saut dans la publication de romans modernes dès le début de dix-neuvième siècle. 

L’émergence d’al-Nahda, c'est-à-dire la Renaissance en Égypte, puis dans le monde Arabe, coïncidence avec l’arrivée de Napoléon Bonaparte en Égypte à la fin du 19ème siècle et le premier envoi des étudiants égyptiens en France pour étudier dans les universités françaises, puis à leur retour à leur patrie et la publication du premier roman par al-Manfaluti, un ressortissant égyptien qui essaya d’adapter le style européen aux besoins de la société arabe.   

Les tentatives d’écrire ou d’intégrer ce style dans la littérature arabe n’ont jamais cessé, Jurji Zaydan qui a écrit une dizaine de romans historiques a eu un succès important, mais lorsque Muhammad Husayn Haykal publie en 1914 son roman intitulé Zaynab, c’était le vrai acte de naissance du roman dans la  littérature arabe. Cependant, il faudra attendre des années de plus afin que ce genre de style prenne de l’ampleur dans le monde arabe.

Après la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, les romans prennent un virage important avec l’égyptien Naguib Mahfouz, prix Nobel de 1988,  qui commence à publier ses romans qui se propagent rapidement dans la société égyptienne et obtiennent un succès retentissant.   

Dans les années qui suivent la Nakba qui signifie la catastrophe de 1948, le monde Arabe  a vécu une vague d’émancipation et de décolonisation, une série de coups d’État, y compris une révolution armée en Algérie après la déclaration du 1er  novembre 1954  rédigée par 22 jeunes algériens afin de libérer leur pays après 130 ans de colonisation française. 

Pendant que la littérature se développe dans plusieurs pays arabes grâce à la nouvelle situation politique, Naguib Mahfouz décide de renoncer à l’écriture en croyant que l’arrivée de l’armée égyptienne au pouvoir donnera un nouveau visage à son pays. Dans cette atmosphère agitée, les palestiniens vivent dans une situation particulière, ils essaient de s’adapter à leur nouvelle vie comme réfugiés. 

Dans un climat bouillant et une vague de changement radical dans plusieurs pays arabes, les palestiniens subissent en 1967, à la suite de la guerre des Six Jours, pour la deuxième fois, une perte considérable. Il s’agit de la Nakssa, c'est-à-dire le bouleversement, la catastrophe est cette fois-ci la perte de toute Palestine et une nouvelle vague de réfugiés  palestiniens secoue les pays du Moyen-Orient.

Après la deuxième catastrophe, la Nakssa, la littérature palestinienne, qui fait partie intégrante de la littérature arabe, trouve un succès considérable. En effet, une jeune génération essaie de parler de la souffrance des réfugiés et de la résistance palestinienne qui est née deux ans avant la Nakssa, le 1er janvier 1965. Cette date annonce la création du Mouvement de Libération de la Palestine «Fatah» par Yasser Arafat.      

Par ailleurs, des intellectuels palestiniens écrivent des poèmes, des romans et fondent des journaux et des revues afin d’expliquer le malheur des palestiniens et la situation désastreuse que vit les réfugiés dans les camps de toile. 

La littérature palestinienne évolue rapidement avec la montée de la résistance palestinienne et la détermination du peuple palestinien à libérer son pays.

ÿ La question:

 

À travers ce qui a été écrit précédemment, il m’est possible à présent d’établir la question à laquelle j’essayerai de répondre lors de ma recherche :

« Quelles sont les origines de la littérature palestinienne et qu’elles sont les raisons de créer une branche particulière dans la littérature arabe ? Comment Émile Habibi et Jabra Ibrahim Jabra peuvent-ils lutter à l’aide de leur plume afin de sauver l’histoire et la mémoire d’un peuple expulsé de sa patrie ? Comment ont-ils pu atteindre leur cible et établir une littérature de lutte pacifique? De même, comment ont-ils vécu leur vie, l’un comme un réfugié et l’autre comme un indigène ? Est-ce la  littérature palestinienne joue un rôle afin de solliciter les arabes à s’intéresser à la cause palestinienne ? Par ailleurs, quel est l’impact d’aborder les œuvres de deux écrivains palestiniens chrétiens et leur rôle dans la défense de  leur patrie? Et, comment chacun de ces deux écrivains l’a-t-il abordé? Finalement, sera présentée une comparaison entre les deux écrivains concernant: leur refuge, leur identité, leur façon de traiter la Cause palestinienne.» 

À partir de là, on pourra dire que le moteur principal qui fait bouger la création d’une littérature palestinienne particulière est la perte de la Palestine et la fuite de milliers de palestiniens en abandonnant leurs biens et leurs foyers. Ce sont ces causes qui ont  poussé certains intellectuels palestiniens à chercher une façon dont ils pourront défendre leur peuple et leur patrie perdue.  

Cette pensée ne vient pas de nulle part, au contraire, elle vient des convictions profondes de ceux qui ont vécu et connu pendant des années le protectorat britannique et son soutien inconditionnel à l’émigration des Juifs en Palestine et surtout et avant tout la promesse de Balfour.     

Afin d’apporter un éclairage plus précis sur le sujet, nous pouvons poser un certain nombre de questions afin d’y répondre au cours de notre recherche, celles-ci peuvent se résumer à :

1-     Quel est le degré d’influence de la perte de la Palestine dans la réalisation d’une littérature arabe particulière  en Palestine?

2-     Quelles sont les limites de l’influence des relations entre la Palestine perdue et la pensée des Palestiniens?

3-     Quel est le rôle de la situation précaire dans le désir du palestinien d’étudier et de réussir dans ses études?

4-     Pour quelle raison certains écrivains palestiniens ont eu du succès et d’autres non ?

5-     À quel point la foi d’un écrivain a joué un rôle dans la littérature ?

6-     À quel point peut-on dire que l’exploitation de la cause palestinienne par certains régimes arabes a poussé certains intellectuels palestiniens à raconter leur histoire et leur expérience?

7-     À quel point peut-on dire que la  littérature palestinienne joue un rôle important dans la description de la souffrance du peuple palestinien ?

Ce sont des questions principales auxquelles nous tenterons de répondre, de développer et de détailler dans le but d’apporter des réponses claires sur la littérature palestinienne entre deux atmosphères : la première en Palestine qui est devenue Israël et le changement d’identité, comme c’est le cas de Habibi, et la deuxième en Irak où Jabra vit comme un palestinien réfugié qui essaie par tous les moyens de rester en contact avec sa patrie perdue.                                

La méthode suivie pour l’étude de ce sujet est «l’étude de cas». Nous avons fait ce choix, car chaque situation mérite d’être étudiée de manière particulière et précise. 

En effet, cette méthode demande une connaissance très précise et très détaillée d’une situation donnée.

L’étude de cas signifie de manière précise, selon la définition : « se diriger vers une méthode permettant d’accumuler des informations et des documents et de les analyser de façon à construire une image complète d’une unité précise dans ses relationsdiverses».

Par contre, selon d’autres penseurs, elle correspondrait à une analyse profonde d’une méthode ou plus d’un échantillon. Cela signifie d'arriver à englober de façon plus large l’étude d’un cas précis. Cette définition devrait satisfaire notre étude de façon directe.  

Nous pourrons utiliser de nombreux outils afin d’effectuer notre étude, mais nous allons nous baser sur les livres de chaque écrivain. De plus, par un travail sur terrain en se déplaçant en Irak et en Palestine afin de ramasser toutes les informations qui nousaideront  à exécuter notre travail de la meilleure façon.  De plus, des rencontres avec des personnes qui ont côtoyé ou ont connu Jabra et Habibi pendant leur parcours.   

Tout cela nous mène à devoir clarifier notre étude et à définir la méthode qui sera suivie. Selon nos premières lectures, il est possible de partager le travail en quatre parties. 

ÿ Première partie :

*    La création de l’état d’Israël :

 

La déclaration du 2 Novembre 1917 d’Arthur Balfour, le haut fonctionnaire britannique, qui a octroyé à ses amis sionistes le droit de créer leur État en Palestine. Cette décision a été le début du malheur palestinien, suivie par une aide massive aux Juifs afin d’immigrer en Palestine, ensuite par la  confiscation du foyer palestinien afin de devenir l’état d’Israël.

« Cher Lord Rothschild,

J'ai le plaisir de vous adresser, au nom du gouvernement de Sa Majesté, la déclaration ci-dessous de sympathie à l'adresse des aspirations juives et sionistes, déclaration soumise au Parlement et approuvée par lui.

Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les Juifs jouissent dans tout autre pays.

Je vous serais reconnaissant de bien vouloir porter cette déclaration à la connaissance de la Fédération sioniste.                                                                             Arthur James Balfour » 

La Grande Bretagne obtient en 1920 de la part des Nations-Unis un décret de protectorat en Palestine et restera jusqu’en 1948. Après son départ, les milices sionistes font un assaut rapide et gagnent la guerre contre les Arabes. Le 14 mai 1948, David Ben Gourion, un leader sioniste, proclame la création de l’état d’Israël qui par cette déclaration fait le malheur des palestiniens et le bonheur des Juifs sionistes. C’est ainsi que plus de 700 mille palestiniens fuient leur patrie en abandonnant leurs biens, leurs foyers, leurs souvenirs et leur passé. Environ 200 mille juifs sionistes les remplacent et font la fête sur les décombres des fuyants. Les gagnants célèbrent  la création de leur État sans crier gare au peuple qui vient d’être chassé de sa terre.

Malgré les menaces et les massacres, des milliers de palestiniens restent dans leur pays et refusent de partir, d’autres se dispersentdans les pays voisins : le Liban, la Jordanie, la Syrie, l’Irak et l’Égypte. 

Les pays arabes voisins créent  plusieurs identités aux palestiniens réfugiés après la Nakba de 1948: les Palestiniens à partir de cette date possèdent plusieurs doubles nationalités selon le pays où ils habitent : palestinienne-libanaise, palestinienne-syrienne, palestinienne-égyptienne, palestinienne-irakienne et palestinienne-jordanienne. Même les Palestiniens deviennent réfugiés sur leur propre sol (Gaza, Cisjordanie et Jérusalem-Est), ils portent un laissez-passer jordanien pour les réfugiés en Cisjordanie et égyptien pour les réfugiés à Gaza. 

Après la guerre de 1948, la bande de Gaza passe sous l’égide égyptienne, la Cisjordanie et Jérusalem-Est sous tutelle jordanienne. 

Bien que les palestiniens essaient de créer leur propre gouvernement, mais l’hostilité de certains régimes arabes, dont la Jordanie à la tête, en empêchant le gouvernement palestinien, présidé par Ahmad Hilmi, de  résider à Jérusalem-Est. D’ailleurs, ce gouvernement  s’effondre avec le temps à cause du manque de ressources et l’hostilité des nouveaux régimes arabes.                            Avec cette situation précaire et insupportable, les palestiniens cherchent leur âme. Certains choisissent de faire la guerre, d’autres émigrent clandestinement aux pays du Golf où le pétrole coule à flot depuis quelques décennies et d’autres préfèrent la voie de l’éducation.

Comme la plupart des pays arabes au Moyen-Orient, le peuple palestinien est constitué de deux communautés importantes : chrétiennes et musulmanes. Les chrétiens  sont fiers d’être les premiers convertis aux christianismes et les musulmans fiers de posséder la mosquée el-Aqsa le plus prestigieux lieu de culte après la Mecque et la mosquée de Médine. 

Les chrétiens trouvent rapidement un appui auprès des Libanais qui leurs accordent leur nationalité. Grâce à cette acquisition, ils peuvent lutter pour leurs compatriotes musulmans qui restent dans une situation précaire sans aide sauf de la part de l’organisation internationale  des Nations-Unis. 

*    L’émergence de la question palestinienne:   

 

L’émergence de la question palestinienne commence après la création de l’état d’Israël et l’implantation des camps de réfugiés un peu partout au Moyen-Orient. La question est accordée aux réfugiés palestiniens qui ont perdus leur patrie. C’est dans ce climat catastrophique que des palestiniens choisissent de se battre avec leur plume en vue de témoigner et d’expliquer au monde arabe la situation affreuse dans laquelle vit les réfugiés palestiniens.  

Deux palestiniens, Jabra Ibrahim Jabra et Émile Habibi, vivant dans  différentes atmosphères, racontent leur expérience. Ils choisissent d’utiliser leur plume afin de défendre la cause palestinienne et la souffrance de leur peuple. Ce sont deux intellectuels palestiniens descendant de deux familles chrétiennes sont nés en Palestine pendant le protectorat britannique. Le premier, Jabra Ibrahim Jabra a fui son pays pour s’installer en Irak et le deuxième est resté en Palestine et a décidé de se battre à l’aide de sa sublime plume.

ÿ Deuxième partie :

*    Jabra Ibrahim Jabra (1920 – 1994) :

 

Jabra Ibrahim Jabra est né en 1920 à Bethléem, en Palestine, qui était sous l’égide britannique. Descendant d’une famille chrétienne pauvre, son père travaillait dans la construction et sa mère était au foyer. Malgré la situation précaire de sa famille,  Il a étudié à Bethléem sa ville natale, puis à Jérusalem. Et, grâce à sa détermination, il a réussi à obtenir une bourse d’étude en Angleterre et aux États-Unis. 

En 1948, comme des milliers de palestiniens, il a fui avec sa famille son pays afin de se réfugier en Irak.

Jabra, un fervent amoureux de la littérature, travaille à Baghdâd, la capitale irakienne, comme professeur. En plus de son travail, il traduit de l’anglais à l’arabe plusieurs chefs d’œuvre, il écrit  de nombreux recueils de poèmes et publie maints romans.  

Il croise le célèbre poète irakien Badar Shaker el-Sayab avec qui a eu une belle relation.

Jabra commence sa carrière en écrivant en anglais, puis il renonce à l’anglais et à être un écrivain anglophone. Il entreprend alors une nouvelle aventure qui l’amènera à écrire plusieurs romans et plusieurs recueils de poèmes en arabe. 

Avec l’écrivain Abderrahmane Mounif, il écrit en 1982 un roman intitulé « Un  monde sans plans » dans lequel les deux grands écrivains créent un monde imaginaire qui ressemble à n’importe quelle ville arabe afin de raconter l’histoire d’une personne qui a étudié en occident et qui est retournée à son pays où il vit une histoire d’amour. Avec ce héros, se croisent plusieurs personnages et sa vie est pleine de paradoxes : l’amour, la politique et le malheur qui le touche suivi d’un crime non résolu. Dans ce roman, les deux écrivains utilisent un style bien compliqué plus proche de la poésie. Peut-être parce qu’il touche tous les intellectuels arabes qui vivent sous des régimes tyranniques. 

Dans son roman paru en 1978 « À la recherche de Walid Mass’aud », qui selon les critiques,  résume sa carrière comme écrivain, intellectuel et comme palestinien qui vit sans relâche avec son passé. Le héros de son roman Walid Mass’aud est un militant palestinien autour de qui se trouve des personnages qui lui sont liés chacun par une histoire différente. Le génie de ce roman, malgré la présence de plus de 12 personnages, est que le lecteur embarque avec l’écrivain dans son roman en étant persuadé que sans eux Walid le héros ne sera pas capable de créer son univers. C’est un roman qui ajoute à la littérature pas seulement palestinienne mais aussi arabe en général.       

Jabra concentre sa plume à défendre la cause palestinienne et à raconter dans plusieurs récits son histoire personnelle en Palestine et sa lutte pour étudier et gagner sa vie comme dans le récit « Le premier puits » dans lequel il raconte son enfance et sa lutte pour étudier et réussir dans ses études.

Les écrits de Jabra évoluent avec le temps. On remarque une grande différence depuis son premier roman « Hurlant dans une longue nuit » qui a paru en 1946, deux ans avant la Nakba, dans lequel il raconte l’histoire d’un journaliste et ses conflits avec la société où il vit, mais sans mentionner ni le temps, ni le lieu et en utilisant le « Je ». Dans les autres romans Jabra précise la place et le temps, c’est là la marque de la maturité d’un intellectuel réfugié.  Même son style simple devient plus compliqué en affichant ses convictions, ses sentiments et  ses émotions.

Jabra participe activement à la vie intellectuelle en Irak. En effet, il est un passionné de la civilisation arabe et reste fidèle à la cause palestinienne.  Il meurt exilé dans son pays adoptif l’Irak en 1994. 

ÿ Troisième partie :     

*    Émile Habibi (1921 - 1996):

 

Pendant que Jabra écrivait à Baghdâd des romans, des poèmes pour sa patrie natale, un autre homme palestinien aussi, journaliste et écrivain, écrivait ses romans en parlant de la cause palestinienne par des symboles et des jeux subtils de la langue dont chaque interprétation nous amène directement aux réfugiés palestiniens et aux luttes contre l’état Israélien. 

C’est Émile Habibi né à Haïfa en 1922, un an après la naissance de Jabra. Il grandit dans sa ville natale qui est sous protectorat  britannique, puis il démange à Nazareth, une autre ville palestinienne.

À l’âge de 14 ans, Habibi adhère au Parti communiste. Il croit en cette idéologie socialiste qui était bien présente parmi les Juifs de l’Europe de l’Est à cette époque. 

Il a étudié et a travaillé à Haïfa sa ville natale, puis en 1956, il déménage à Nazareth. Le changement de ville ne le pousse pas à changer d’idéologie, il reste fidèle à son parti politique.

En 1945 Habibi fonde La Ligue de Libération Nationale, un mouvement communiste palestinien, mais après la création de l’état d’Israël, Habibi associe son mouvement au parti communiste israélien. Et, en 1952,  il devient député à la Knesset jusqu’en 1972.  Par la suite, il décide de se concentrer sur la littérature et le journalisme. 

En quittant son poste comme député,  il devient le rédacteur en chef du journal el-Itihad, un quotidien de son parti communiste en arabe.  En 1991, il démissionne de son parti et un an après, il publie son livre « Vers un monde sans Cages » dans lequel il explique ses raisons pour lesquelles il a quitté son parti.

La démission de son parti le pousse à abandonner son poste comme rédacteur en chef du journal el-Itihad, le porte-parole du parti communiste. Il fonde alors sa propre revue Masha’réf.  En 1996, il décède et laisse un testament émouvant. Il demande qu’il soit écrit sur sa tombe : « je demeure à Haïfa ».  

Bien que Habibi soit un militant acharné pour le communisme, il a commencé sa vie comme animateur à la radio el-Quds en Palestine, puis journaliste pour l’hebdomadaire Méhmaze toujours en Palestine. 

Après la création de l’état d’Israël en 1948, la famille Habibi décide de rester au pays et de ne pas fuir la patrie comme tant de milliers de palestiniens.

Dans ce nouvel État, Habibi accepte de prendre la nationalité israélienne et de continuer sa vie sans se rendre compte, au premier temps, des grands changements qui ont frappés le pays. 

Il participe rapidement dans la nouvelle vie dans un État qui a remplacé son État d’origine, ce dernier a disparu de la carte, rayé définitivement de l’histoire. 

Après plusieurs livres, il rencontre le succès en 1968, où il publie un an après la Guerre des Six jours, son recueil « Hexagonales six jours » contenant six histoires qui parlent de l’invasion israélienne à Gaza, en Cisjordanie et la situation des palestiniens qui sont devenus israéliens. Mais, le virage incontournable dans sa vie comme un écrivain, c’est la publication, en 1974, de son roman « Les aventures extraordinaires de Sa'îd le peptimiste », qui a eu un succès international et a été traduit en plusieurs langues. Dans ce roman qui contient trois parties, Habibi raconte l’histoire d’un Palestinien s’appelant Sa’îd. Dans ce livre, il a inventé un nouveau mot introduit dans la langue arabe qui est « peptimiste », c'est-à-dire un mot qui associe les termes pessimisme et optimisme en même temps, et il accorde cet attribue à son héros Sa’îd le peptimiste. Ce personnage vit plusieurs aventures pas seulement avec les Israéliens, mais aussi avec les Palestiniens. Dans un style satirique, Habibi raconte les aventures de Sa’îd. 

Edouard Saïd dans son livre «La question Palestinienne»[1], décrit Habibi comme le seul écrivain palestinien qui a écrit dans ce style en se moquant de la colonisation israélienne.    

Habibi a continué à écrire, cependant, il n’a jamais parlé ouvertement de la résistance palestinienne, car cette dernière est considérée aux yeux du gouvernement israélien comme une organisation terroriste, c’est pourquoi il y faisait allusion sans mentionner directement la résistance palestinienne.

ÿ Quatrième partie :

 

Les deux écrivains vivent dans une atmosphère différente, Habibi vit en Palestine qui est devenue Israël, il a perdu son identité et a obtenu la nationalité israélienne, mais il ne s’est pas départi de sa langue maternelle bien qu’il parle l’hébreu qui est la langue officielle du nouvel État.                                               

 Dans ce climat, Habibi lutte sous la bannière du parti communiste et entre à la Knesset. Et, pendant vingt ans (1952-1972) il essaie de défendre son peuple et ses origines et sauve en même temps la mémoire de son peuple. Après deux décennies de lutte, il jette l’éponge et se concentre sur sa plume et rapidement il devient un écrivain incontournable de la littérature palestinienne, mais resteaussi une figure politique.

Son style satirique a suscité beaucoup de bruit, et son chef d’œuvre «Les aventures extraordinaires de Sa'îd le peptimiste » est considéré comme un virage radical dans la littérature palestinienne. Ce style donne à Habibi une vaste marge afin de critiquer la politique Israélienne et défendre les droits des palestiniens en même temps sans toutefois provoquer d’hostilité auprès de la police israélienne.

Habibi continue à écrire et à publier ses livres et ses articles dans le journal de son parti politique el-Itihad jusqu’au jour où tout allait changer avec la chute de l’Union soviétique et sa disparition en 1991. C’est alors que Habibi prend la décision de quitter son parti et son poste comme rédacteur en chef. En parallèle, il écrit son livre « Vers un monde sans Cages » où il explique les raisons de son choix de ne plus adhérer à la mouvance communiste.

Hibibi devient une icône pour les israéliens et les palestiniens. Il reçoit en1990 la médaille d’el Quds de la part de l’Organisation de Libération de la Palestine (O.L.P). Deux ans après, il reçoit le prix prestigieux de la littérature israélienne.        

Tandis que Habibi lutte à sa manière pour la cause palestinienne en Israël, Jabra Ibrahim Jabra essaie de préserver  son identité en Irak où il se réfugie après la création d’Israël en 1948. D’ailleurs, il trouve que la littérature peut aider les palestiniens à défendre leur patrie et empêcher la mémoire de son peuple de disparaitre. C’est pourquoi,  il écrit, traduit et critique. Tous ses ouvrages littéraires coulent dans un seul but : rester attaché à son pays natal et expliquer à la nouvelle génération palestinienne et arabe la souffrance du peuple palestinien malgré la distance qui les sépare de la Palestine, cette dernière reste dans le cœur de tous les palestiniens qui rêvent de retourner un jour dans leur pays.

Son roman « À la recherche de Walid Mass’aud »  démontre la force de son style à la fois compliqué et fascinant en créant autour de Walid Mass’aud, le héros de son roman, une aura passionnante. C’est l’histoire d’un palestinien qui ressemble aux autres palestiniens qui préservent, leur amour et leur nostalgie de leur patrie et lutte avec acharnement afin de retourner à leur pays. Et, par ses traductions de nombreux ouvrages de l’anglais à arabe, Jabra montre sa passion de la littérature mondiale et son amourpour toutes les civilisations. Au côté de sa plume prolifique, il était doué pour le dessin, il a même illustré ses livres de certains souvenirs vécus en Palestine. De plus, il a publié quelques recueils de poèmes, mais sans doute ses romans ajoutent à la littérature arabe et palestinienne une expérience particulière. 

Cependant, Jabra n’a pas eu la reconnaissance de l’Autorité palestinienne, peut-être à cause de son refuge en Irak qui a vécu plusieurs guerres et a provoqué l’hostilité pas seulement de la part de certains régimes arabes, mais aussi des grandes nations du monde. De plus, sa décision de ne pas se mêler de la politique irakienne, a fait qu’il est resté loin des bonnes grâces  du régime Baathiste et de son leader Saddam Hussein.

Malgré tout, Jabra a conservé une personnalité particulière qui a défendu la cause palestinienne à sa manière sans causer de vagues autour de lui.

ÿ Conclusion

 

Jabra et Habibi sont deux écrivains palestiniens qui n’ont pas toujours reçus l’attention, les éloges et la reconnaissance qu’ils méritaient. Bien que les deux possèdent des idées différentes, Habibi prêche la cohabitation avec les israéliens et le partage de la terre sainte, tandis que Jabra vit dans la nostalgie et prêche le retour des réfugiés et la libération de la Palestine. 

Ces deux écrivains ayant vécu dans des atmosphères différentes et des expériences très  distinctes méritent cependant une étude approfondie qui montre leur engagement, leur fidélité et leur dévouement à leur cause sans bruit et sans attentes de reconnaissance. 

Ainsi, la comparaison entre ces deux écrivains qui ont vécu dans des climats différents permet de montrer à quel point les palestiniens cherchent par tous les moyens de rester attachés à leur pays pas seulement par le fusil sur leur épaule, mais aussi par la voie de la littérature.          



-        [1] La question de Palestine / Edward W. Said. France, Arles : Sindbad : Actes Sud, 2010.

 

samedi 31 octobre 2020

Trudeau VS Macron


Le premier ministre canadien a donné un discours sur le concept : La liberté d’expression qui est pour lui a une limite de ne pas passer et mettre le feu dans une salle et crier. Par contre, le président français a choisi un discours offensif en déclarant que l’Islam vit une crise et réclame la rediffusion des caricatures de Charlie Hebdo sur Mahomet. Son discours a enflammé la colère chez les musulmans qui ont manifesté contre lui un peu partout dans le monde, et des hommes d’affaires ont pris une décision de boycotter les productions françaises. Alors, entre les deux dirigeants qui a-t-il raison?

Par : Adam Mira

Depuis son arrivée au pouvoir en 2015, Justin Trudeau prêche les valeurs canadiennes, de vivre ensemble en paix et en harmonie avec toutes les communautés sans aucune distinction. Il a nommé un sikh indien au poste du ministre de la Défense, un musulman au poste de l’Immigration, etc. sans jamais commettre un geste qui peux gêner qui ce soit. En plus, lorsque Donald Trump l’a insulté après la rencontre de G8 au Canada en le traitant en tant que marionnette, il a choisi de ne pas répondre et sali la réputation canadienne avec un homme qui cherche la bagarre partout.

Une politique à l’image d’un pays qui a perdu des milliers d’hommes durant les deux guerres mondiales pour défendre la liberté et la démocratie, alors, un dirigeant qui respecte les valeurs canadiennes et la constitution qui est basée sur la protection des minorités.   

En revanche, Emmanuel Macron qui est arrivée au pouvoir en 2012, et lorsque sa visite en Algérie avant d’être élu, il a déclaré que : le colonialisme est un crime contre l’humanité. Une déclaration forte qui a fait rêver le Tires Monde d’avoir un président d’une puissance qui règlerait tous les dossiers chauds entre la France et ses anciennes colonies. Nonobstant, Macron a oublié sa déclaration et changé de cap afin de se positionner avec la droite.

En effet, des attentas terroristes sont commis sur le territoire français, des citoyens innocents qui tombent sous les bales ou sont égorgés dans des lieux religieux poussent Macron à attaquer l’Islam en tant que telle et à lier tous les terrorismes avec l’Islam en prononçant le terrorisme islamique, en accentuant aussi la parole en disant que l’Islam est en crise!

Toutes les réponses qui sont venues du monde musulman comme le Grand Imam de l’Université de l’Azhar en Égypte et des grands oulémas en Arabie saoudite qui refusent cette déclaration et insistent sur le point que les personnes qui commettent des actes terroristes sont des criminels et l’Islam ne prêche pas la haine et la violence.

Toutes ses paroles n’ont pas poussé l’administration française à prendre en sérieux la situation, mais lorsque les boycotts aux productions françaises dans plusieurs pays musulmans ont pris le chemin en Turquie, au Kuweit, au Qatar et ailleurs, le ministère des Affaires étrangères français a publié un communiqué accusant les personnes qui boycottent les productions françaises d’être extrémistes (…), même les personnes qui ont dessiné Macron dans leurs caricatures(regardes les caricatures) sont virées de leurs postes, car cet acte est contre le symbole de la République, bien que, selon Macron, l’insulte au symbole de deux milliards musulmans soit une liberté d’expression.



 L’ironie que Macron a fait une interview à Aljazeera afin de dire qu’il ne mène pas la guerre contre l’Islam et dilue sa parole, car il a reçu que certains pays musulmans vont annuler leurs commandes d’achats militaires et vont boycotter toutes les productions françaises comme d’ailleurs a fait le Maroc, il y a quelques années contre Danone.


Certes, Macron commence à changer son discours, car l’économie française vit une situation difficile à cause du Covide 19 et le boycotte donne un coup supplémentaire à cette économie, alors il n’a pas d’autres choix que de changer son discours, mais la question est-il suffisant pour les hommes d’affaires, les jours suivants vont nous dire, car sur les plateformes il y a une forte demande que Macron doit s’excuser, sinon cet acte va continuer!

Trudeau reste un politicien patriotique qui cherche le bien pour son payé, Macron cherche ses intérêts personnels afin d’être réélu, mais toujours les grands hommes qui marquent l’histoire. 

A.M 

 

vendredi 30 octobre 2020

Copier-coller!

 


Chaque fois que je regarde le téléjournal français, je trouve son écho au Québec. En effet, depuis l’arrivée de première vague du Covide-19, la CAQ suit la politique française à la lettre: fermeture des restaurants, des bars, puis confinement. La deuxième vague est à nos portes depuis un peu de temps et le président français a finalement décidé de retourner au confinement, mais sans fermer les écoles et les employés exécutent leurs travails à distance. La question : la CAQ va-t-il emboiter le pas ou non?

Par : Adam Mira

Coalition avenir Québec CAQ, le parti crée en 2011 par le premier ministre actuel du Québec François Legault avec l’homme d’affaires Charles Sirois est mélange entre le nationalisme du parti Québécois PQ et le patriotisme du parti Libéral, mais lorsque la CAQ est arrivé au pouvoir en 2018, elle prêche le nationalisme au déterminent du patriotisme. 

Le nationalisme est la pratique politique avec une vision et esprit restreints qui impose les lois sur une minorité vulnérable au profit de la majorité, par contre, le patriotisme est de protéger les minorités et développer le pays avec une vision et esprit ouverts et larges. Dans ce cas, le nationalisme québécois de CAQ suit la politique française d’ Emmanuelle Macron, car il a besoin d’un exemple à suivre.

Certes, la France est une puissance mondiale et possède un passé très douloureux en tant qu’un pays colonial, qui est le contraire de Québec, un pays d’accueil et ouvre ses portes à l’immigration, quoique une communauté importante francophone a des racines françaises, le Québec reste un pays nord-américain avec une culture mélangeant de l’Ancien monde et le Nouveau monde. Alors, la pratique de politique française dans tous les domaines est très mauvaise pour le futur du pays, il est important d’inventer une politique québécoise fidèle au patriotisme des personnes qui ont déclenché la Révolution tranquille et rêvé d’avoir un pays souverain avec un esprit ouvert et tolérant.

A.M 

  

 

mardi 22 septembre 2020

Les nouveaux convertis Montréalais

                                                  

Par: Adam Mira

« Un essai qui se concentrent sur l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours connue collectivement sous le nom de l’Église mormone, sur les Témoins de Jéhovah et sur l’islam. Il contient trois chapitres et chacun comprend deux parties : une partie théorique et l’autre des témoignages. L’étude historique comprend une recherche profonde sur chaque chapitre qui permettra de comprendre comment les fondateurs de ces religions ont réussi à accomplir leurs missions, et comment après leurs morts, leurs religions resteront et continueront à croître. Et, chacune des parties contient : les doctrines, les interdictions, la hiérarchie, les méthodes de recrutement, leurs histoires au Québec, les statistiques et d’autres points. » 

La deuxième partie comprend les témoignages des personnes converties à ces religions. Nous avons rencontré des personnes qui ont changé leur foi et elles nous ont confiés leurs histoires et leurs récits en détails. Ces personnes remarquables ont accepté de partager avec nous leurs cheminements vers Dieu et c’est avec beaucoup de courage et d’émotions qu’elles ont expliqué les périodes difficiles qu’elles ont vécues essentiellement lorsqu’elles ont annoncé à leurs familles et à leurs proches leur nouvelle foi !  


Pour acheter cet essai: https://www.publibook.com/les-nouveaux-convertis-montrealais-adam-mira-119621.html/   


mardi 7 avril 2020

Zanj: la révolte d’esclaves qui défia l’empire Abbasside

Par: Adam Mira
Au IXème siècle, une révolte majeure éclate aux alentours de Bagdad, la capitale de l’empire Abbasside (750-1258). Cette révolte devient rapidement une Révolution et prend le nom de : la Révolte des Zanj. En effet, la majorité des rebellés sont noirs, ils défient l’Autorité centrale et fondent leur État avec leur monnaie et des convictions basées sur la justice sociale et l’égalité entre races. C’était là les croyances prêchées par le fondateur de l’Islam Mohamed qui ont changé après sa disparition en 632. 
Un homme dénommé Ali Ben Mohamed guide la Révolution et déclare rapidement, pour qu’il soit légitime,qu’il est le descendant du Prophète. Par conséquent, cette étude historique débouche sur la problématique suivante : l’utilisation de la religion à des fins politiques s’est bien répondue au fil du temps. Les croyances sont une arme employée pour guider la masse et réaliser des ambitions personnelles et politiques en se basant sur le charisme du fondateur de la religion et la légitimité divine. 
Au premier temps, la révolution est déclenchée pour des raisons sociales, puis elle devient politique. Ben Mohamed fonde son État et règne durant presque deux décennies 869-883[1].
Dans cette étude, les hypothèses de cette recherche sont les suivantes : la religion est au service de l’homme ambitieux (bien que les révélations soient venues pour faire gloire à Dieu). L’injuste sociale pratiquée par l’Autorité centrale et le conflit au sommet du pouvoir débouchent sur la réussite de cette révolution et son extension rapide. L’État des Zanj basé sur des approches religieuses avait pour but d’imposer l’égalité et la distribution des richesses de façon égale au sein de la communauté. La révolution des Zanj est négligée par les historiens arabo-musulmans, voire méprisée.
Cependant, les Abbassides mettent fin à cette révolution dans la terreur et le sang. Ils détruisent la capitale « Almukhtara » après un siège de trois ans et découpent en morceaux l’Ami des Zanj.

La péninsule arabique préislamique

Au début du VIIe siècle, un homme dénommé Mohamed Ben Abdoullah, connu au XVIIIe siècle en occident sous le patronyme de Mahomet, reçoit la révélation de l’Islam, un message divin envoyé dans une société esclavagiste où le maître possède le corps et l’âme de son esclave. Pire encore, une nouveau-née fille fait honte à son père. Celui-ci court l’enterrer vivante, afin d’éviter le déshonneur de l’avoir eue.
Dans le contexte d’une société qui suit ses traditions et rituels tribaux depuis toujours, Mahomet vient abolirl’esclavage et donne aux femmes leur droit de vivre dans la dignité, voire même leur égalité à l’homme. Ainsi, les esclaves retrouvent leur liberté et deviennent égaux à leurs anciens maitres[2]
Il s’agit là de convictions révolutionnaires par rapport au culte pratiqué dans cette société bédouine. Ces croyances divines viennent de renverser les ordres et causent la panique parmi les riches et les négociants de cette région désertique. Après des années de conflits et de guerres, Mahomet remporte la partie et islamise la péninsule Arabique et impose la justice sociale et l’égalité de races dans son jeune État fondé à Médine quinze ans après avoir reçu la première révélation[3].  Le Coran, les Écritures saintes disent: 
 "Ô les hommes! Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle (Adam et Ève), et Nous avons fait de vous des peuples et des tribus pour que vous vous entre-connaissiez. Le plus noble d'entre vous auprès d'Allah, est le plus pieux. Allah est certes Omniscient et Grand Connaisseur." Coran : Al-Hujurat 49:13 
En plus, dans le Hadith, la parole du Prophète dit :
"Ô les hommes! Certes, votre Seigneur (Allah, Dieu) est unique et votre père (Adam) est unique. Il n'y a pas de mérite pour l'arabe sur le non arabe, ni pour le non arabe sur l'arabe, ni pour blanc sur le noir, ni pour noir sur le blanc, sauf par la piété: " Le plus noble d'entre vous, auprès d'Allah, est le plus pieux".[4]

L’extension de l’Islam

Après la disparition de Mahomet, ses compagnons parcourent le monde après avoir réglé un litige majeurconcernant l’héritier du défunt. Certains prétendent que le successeur doit être un descendant du Prophète, d’autres disent qu’il est suffisant d’être une personne pieuse et d’avoir une bonne réputation en tant qu’homme intègre pour devenir le Guide de la Umma. Dans ce contexte, la légitimité est tranchée et imposée par la majorité qu’il n’est pas nécessaire de faire partie d’Al el-Bayet, la famille de Mahomet, afin de devenir l’Émir des croyants. Après quoi les apôtres de Mahomet envoient leur armée pour conquérir le monde et fondent l’empire arabo-islamique qui arrive en Europe et en Afrique.  

L’empire Abbasside converti

L’empire Abbasside est fondé en 750 par Abou al-Abasse el-Safah, un cousin du Prophète. Il fonde un État moderne avec des milliers de nouveaux convertis, et son successeur fonde Bagdad, la capitale de cet empire qui va durer jusqu’en 1258[5].

L’abandon des valeurs musulmanes

L’annexion des territoires de différentes races, langues et civilisations a besoin d’une armée forte pour continuer l’extension et en même temps d’une main d’œuvre afin de construire les palais et les infrastructures de l’Empire et de travailler la terre. 
Dans ce contexte, les croyances et les convictions basées sur la justice sociale venues avec l’Islam ont disparu peu à peu. 
L’État impose des taxes, châtient les opposants, distribuent les richesses illégalement, ce qui débouche sur la montée du clientélisme venant des proches du Calife. Pire encore, les riches cherchent des travailleurs dans les vastes champs aux alentours de la nouvelle capitale coincée entre deux grands fleuves l’Euphrate et le Tigre. Pour avoir des travailleurs, l’Église copte orthodoxe basée en Égypte fournit des esclaves venus du Soudan. Par ailleurs, les commerçants arabes se trouvant en Afrique du Sud-Est tels que : le Kenya, la Tanzanie, les îles Comores et le Mozambique optent pour le commerce des esclaves, ils capturent les habitants de ces zones connues sous le nom deZanj et les amènent à Bagdad pour les vendre. C’est la chute libre des convictions de l’Islam, les commerçant abandonnent l’un des fondements de la religion contre un gain entaché du sang et des souffrances des capturés. En sus, l’État reste neutre devant ce genre de pratiques qui sont devenues avec le temps des pratiques courantes. Les richesses abondantes et la traduction des livres philosophiques viennent de la Grèce d’Aristo et Platon et le mélange avec les nouveaux convertis influencent la vie et ajoute des nouvelles dimensions à la pratique de l’Islam[6].

L’Ami des Zanjs

La cupidité et la soif du pouvoir débouche sur un conflit qui éclate au sommet de l’État entre les différents clans où, sans scrupule, le frère tue son frère pour accéder au trône. Par ailleurs, la société bâillonnée se révolte un peu partout dans l’Empire à cause de l’injustice et le fossé qui grandit entre riches et pauvres. 
À l’instar de ce qui est écrit ci-dessus, un homme dénommé Ali Ben Mohamed vise les damnés, les opprimés et les pauvres afin de mener une révolte contre les Abbassides à Bassora pas très loin de Bagdad.  
Ali Ben Mohamed est un homme descendant de parents libres, sa grand-mère maternelle était esclave pakistanaise. Il est né à Tay prés de Téhéran, mais ses origines remontent au Bahreïn dans la péninsule Arabique[7].  
Il a mené plusieurs révoltes modestes au Bahreïn et ailleurs, mais chaque fois il échouait, son histoire montre qu’il est une personne ambitieuse qui cherche le pouvoir quel que soit le prix[8]. Il maîtrise très bien la langue arabe, il gagne sa vie au premier temps en tant qu’enseignant de grammaire et de langue arabe aux enfants à Bagdad, puis il tisse des relations étroites avec des proches du Calife et il écrit des poèmes en faisant des louanges aux individus qui l’écoutent.  
Il s’ennuie de la routine menée à Bagdad, il commence à persuader les personnes qui vivent dans des situations difficiles de leur devoir de se révolter contre l’injustice menée par les Abbassides. C’est lorsqu’il arrive à amasser denombreuses personnes autour de lui qu’il déclare la guerre à la Capitale[9].

La légitimité et Le choix des rebelles     

 Pour avoir sa légitimité, il déclare à ses adeptes qu’il est le descendant du Prophète. 
Il se donne un nom complet qui arrive à Zaid Ben Ali, l’un des fils d’Ali Ben Abou Taleb le gendre de Mahomet. 
Son pouvoir est assuré grâce sa soi-disant descendance et son lien avec Al el-Bayet. D’ailleurs, ce n’est pas le seul qui invente cette histoire qu’il est le cousin du Prophète, beaucoup de rebelles de cette époque utilisent Al el-Bayetau profit de leurs intérêts, car les descendants du Prophète étaient souvent châtiés par les différents dignitaires au pouvoir. En effet, une partie sont morts sur le champ de bataille et d’autres ont été empoisonnés. Par conséquence, l’emploi d’Al el-Bayet dans la quête du pouvoir incite à la pitié des gens et accélère la révolte. 
Ainsi, Ali Ben Mohamed opte pour les esclaves qui vivent dans des conditions atroces dans les champs. Ces esclaves qui vivent seuls, loin de leurs pays et de leurs familles souffrent énormément, même les esclaves convertis à l’Islam n’arrivent pas à obtenir leur liberté, alors que normalement ils doivent automatiquement la recevoir[10]
Les esclaves comprennent avec le temps que leur nouvelle religion prêche l’égalité entre les hommes et qu’il n’y a pas différence entre les races sauf selon le degré de piété religieuse. Ainsi, le terrain est prêt pour Ben Mohamed afin d’appeler à la révolte, il prêche à ses adeptes qu’il n’a pas important d’être un descendant du Prophète pour être un dignitaire ou un guide. Selon lui, la personne qui est digne de guider la masse est celle qui possède une bonne réputation et qui a une large connaissance de la religion. Cependant, son choix d’être un descendant de Mahomet avait pour but d’avoir le respect et en même temps la supériorité sur eux[11].     
Lorsque la révolte débute en 869, elle gagne du terrain rapidement dans les régions lointaines de Bagdad, les esclaves de différentes zones adhèrent à la rébellion : les domestiques, les eunuques, les bédouins, les opprimés et les damnés, tous ensemble sont sous la gouvernance de l’Ami des Zanj, le nouveau nom de Ali Ben Mohamed.

L’extension de la révolte

 Les rebelles gagnent rapidement du terrain, ils passent d’une ville à l’autre, ils pillent les villes et massacrent les habitants, aucune pitié dans cette guerre d’existence et de vengeance. 
Alors, le Calife abbasside envoie une armée après l’autre sans succès. Bagdad vit à ce moment-là un conflit au sommet de l’Empire, un Calife liquide l’autre pour accéder au pouvoir, l’Ami des Zanjs profite de la situation et continue l’extension de son pouvoir. En 872 Ben Mohamed fonde sa capitale Al-Mukhtara au sud de l’Irak, les villes tombent les unes après les autres, cependant, le gros gain vient avec la tombée de Bassora en 871 après un siège plongé. 
Victoire après l’autre, Ben Mohamed devient un leader partout, ses soldats sont sans pitié, ils tuent puis pillent les villes, ce comportement ne laisse pas les habitants indifférents. En dépit de l’atrocité de l’autorité centrale à Bagdad, le peuple essaie de se protéger et se défendre contre le comportement irresponsable des Zanjs. 
Finalement, la révolte arrive à 80 kilomètres de Bagdad, le nouveau Calife doit prendre une décision importante afin d’éradiquer et vaincre les rebelles[12].
Le calife Al-Mutadid (857-902) envoie son fils Abou al-Abbas en 879 afin d’affronter les rebelles, il réussit son premier coup contre les Zanjs et continue d’un succès à l’autre jusqu’à l’arrivée à la capitale Al-Mukhtara en 881. Il l’assiège et propose aux rebelles de se rendre avec des propositions généreuses de leur donner leur liberté et de les laisser choisir où ils veulent vivre. 
Les propositions sont refusées et le siège continue jusqu’en 883  la capitale tombe. L’armée abbasside entrealors dans la capitale et massacre les rebelles dont l’Ami des Zanjs qui est capturé, puis décapitéAinsi, la révolte prend fin en août 883 après presque deux décennies[13]
La fin de cette révolte met fin à une histoire bien douloureuse pendant la première période de l’empire Abbasside qui est fondé sur les décombres de l’empire Omeyyade connu pour sa négligence vis-à-vis des nouveaux convertis et son accord de tout le pouvoir aux Arabes. Alors, le nouvel Empire est venu pour mettre fin à la discrimination et à l’injustice pratiquées par les Omeyyades, cependant, il tombe rapidement dans les mêmes erreurs. Pire encore avec un régime social injuste surtout envers les domestiques et les eunuques qui servent dans les palais des princes et princesses. Le nouvel Empire est corrompu par la montée de différents clans liés en général à la mère ou à la femme préférée du Calife. Ces pratiques mènent à des conflits, à la montée du clientélisme et à la corruption. La société aussi est le reflet de cet État pourri où l’injustice et l’inégalité trouvent son chemin dans les cœurs des nouveaux riches, des négociants et aussi des ulémas.     

L’État des Zanjs et la faute répétée

Ali Ben Mohamed crée un conseil de six personnages, il les consulte en tout temps. Chacun d’eux possède une fonction en tant que chevalier, autrement dit l’Ami des Zanjs et ses conseillers sont toujours à la tête de l’armée, aucun parmi eux ne cède sa place au cœur de l’armée. Les soldats aussi sont courageux, braves, disciplinés et obéissants à leur maître ou à la personne désignée par Ben Mohamed[14].  
Il fonde l’administration dans la capitale Al-Mukhtara qui est devenue une forteresse entourée d’eau, ses murs aux alentours sont hauts, à l’intérieur se trouvent des marchés, des ponts et de belles maisons. 
Comme l’Ami des Zanjs l’a promis à ces adeptes, ils obtiennent la liberté et la richesse. Cependant, la nouvelle société tombe rapidement dans l’erreur, les anciens esclaves deviennent des maîtres, ils pratiquent le même comportement que leurs anciens maîtres, c'est-à-dire l’injustice envers leurs domestiques, de même qu’ils traitent les femmes capturées pendant la guerre avec une atrocité inimaginable.
Même si les promesses faites par Ali Ben Mohamed sont tenues, chaque révolution a besoin d’élites, de penseurs et de philosophes. L’État des Zanjs manque de penseurs pour bien organiser l’État, car un État ce n’est pas seulement l’égalité entre les hommes et la justice dans la distribution des richesses, pour que cet État continue, il doit y avoir des convictions et des croyances, voire une idéologie. Cependant, les rebelles pensent qu’ils exécutent l’Islam pur prêché un jour par Mahomet. Le paradoxe est que l’État a besoin de personnages cultivés, d’érudits afin de mettre en place un état fort. 
En outre, au côté de cette révolution, il y en a aussi d’autres, en revanche, il n’y a aucune relation entre les différentes révoltes. Chacun lutte pour sa cause, bien que tout le monde se révolte contre l’injustice[15]. L’absence de corrélationsentre elles les affaiblit et donne la chance au pouvoir central de les vaincre.

Conclusion

Ali Ben Mohamed emploie la religion au profit de la politique, il reçoit sa légitimité à travers sa légitimité en tant que descendant du Prophète, il tient sa parole et ses promesses envers ses adeptes. Cependant, une personne ambitieuse sans avoir une vision stratégique, sans être capable de concevoir le futur de son État, tombe tout de suite dans le piège et répète les erreurs de ses adversaires : l’injustice. En dépit de sa détermination, son État s’effondre et les historiens le traitent avec mépris, car il reste un État de rebelles sans une vision stratégique sur son avenir. En plus, il pratique rapidement la même politique injuste pour laquelle la Révolution a eu lieu et certains veulent enterrer ce chapitre de l’histoire pour ne pas salir l’empire Abbasside en tant qu’une belle réussite du vivre ensemble après l’extension de l’Islam, il faut le dire : ce sont les vainqueurs qui écrivent l’histoire ! 
Par ailleurs, le mépris des historiens arabo-musulmans vient du personnage qui a guidé cette révolution : Ali Ben Mohamed. Celui-ci possède des origines mélangées, voire dissipées entre plusieurs pays, les historiens n’arrivent pas vraiment à préciser son parcours et sa descendance, il y a des fragments d’histoires présentés dans plusieurs références qu’il faut pouvoir lier afin de monter un portrait convaincant de ce dernier.
En effet, des essaies sont publiés durant la deuxième moitié du XXe siècle, écrits par des socialistes arabes, voire des marxistes afin de pousser le peuple arabe à se révolter contre les régimes dictatoriaux, tels que : Hussein Mroueh, assassiné en 1987 à Beyrouth, Liban, à cause de ses convictions communistes. Bien que certains écrivains occidentaux aient abordé cette histoire aux XVIIIe et XIXe siècles, les seules références pour eux sont les livres arabes. Par contre, des écrivains, comme Massignon, analysent le parcours de la Révolution des Zanjs selon les critères de son époque, C’est à dire en le comparant avec des approches marxistes et socialistes comme les écrivains arabes du XXe siècle.
Louis Massignon (1883-1962), un penseur français, croit que les Zanj ont créé un État à la manière communiste où l’égalité entre eux est totale, bien que cet État soit musulman suivant les convictions prêchées par Mahomet.  
De toutes les façons, la Révolution des Zanj n’a vraiment pas été étudiée ni par les arabes ni par les occidentaux avec une vision neutre.
Bien que cette révolution se soit produite contre l’injustice et l’inégalité, cependant la religion a été utilisée pour des ambitions politiques et cette révolte a manqué de vision stratégique.
Finalement, cette recherche rapide avait pour objectif de mettre un peu de lumière sur un chapitre de l’histoire négligé par les historiens.                                                                                A.M

[1] Lewis, Bernard.1993. Race et esclavage au Proche-Orient. Paris : Gallimard. 
[2]Ibn Hichâm.2003. La vie du prophète Mahomet : épitomé ou abrégé. Paris : Fayard.
[3] Ibid.
[4] Blog Islam en France. En ligne : http://islam.france.over-blog.com/article-racisme-121096262.html site Web consulté le 14 septembre 2019. 
[5] Gabrieli, Francesco.1988. Le Califat de Bagdad : la civilisation abbâsside. Paris : Syros-Alternatives.
[6] Lewis, Bernard.1993. Race et esclavage au Proche-OrientParis: Gallimard.
[7] Ibid.
[8] Olabi, Ahmed. 2007. Thawarat el-Zanj et Kaaedha Mohamed Ben AliBayreuth: édit. al-Farabi
[9] Ibid.
[10] Ibid.
[11] Sadr, Mūsá. 2015. Les religions au service de l'homme. Beyrouth : Paris : Albouraq.
[12] Oulabi, Ahmed. 2007. Thawarat el-Zanj et Kaaedha Mohamed Ben AliBayreuth: édit. al-Farabi
[13] Ibid.
[14] Ibid.
[15] Massignon, Louis.1954. Essai sur les origines du lexique technique de la mystique musulmane. Paris : Vrin.