mercredi 27 mars 2019

Retour à Haïfa entre Kanafani et Fanon



Le martinais, Frantz Fanon, prêche la violence comme un seul chemin pour s’émanciper, se délivrer, se libérer et se décoloniser. Dans la même voie, le palestinien, Ghassan Kanafani, prétend la violence pour libérer son pays natal. En sus du film basant sur une des nouvelles de Kanafani incarnant l’histoire et passe un message clair, celui de la violence révolutionnaire comme une seule voie à la liberté.
Par : Adam Mira
La nouvelle Retour à Haïfa de Kanafani, dès sa sortie en 1972 a fait beaucoup de bruits dans le monde arabe, elle débouche sur un film et une série de 25 épisodes portant le même titre afin d’immortaliser ce texte qui est l’histoire de tous les palestiniens réfugiés rêvés le retour à leur patrie.
Chaque rencontre entre colonisé et colonisateur est violent, agressive et accrocheuse, car le premier veut éliminer le deuxième en dessein de fonder une nouvelle nation, une nouvelle société et inventer un nouveau récit raconté par les générations à venir.
En ce sens, cette étude va répondre aux questions suivantes : la violence est-elle la seule voie pour s’émanciper ? Le film est-il fidèle à la nouvelle ?  Fanon et Kanafani sont-ils de la même école pour qu’ils prêchent la violence ?
En effet, cette recherche essaie de répondre à ces trois interrogations afin d’éclaircir et de mettre la lumière sur le cas qui amène certaines personnes à la violence, certaines productions qui font éloge à la force.

Justification    

Le choix de ce sujet est très important, car Kanafani est un écrivain incontournable dans la littérature palestinienne, voire la littérature arabe. Un personnage qui a lutté par sa plume pour expliquer la situation des milliers de réfugiés palestiniens rêvés de retourner à leur pays, il était leur porte-parole. Fanon aussi est un psychiatre qui est devenu un militant pour la cause algérienne (1954-1962), et celui-ci aussi utilise sa plume afin de défendre les colonisés et condamne en même temps le colonisateur à travers ses écritures dont Les damnés de la terre. En sus du film qui prend le même titre du roman de Kanafani qui est en réalité une sorte de lutte aussi pour expliquer au monde la situation palestinienne.
Certes, il est recommandé de définir certains termes avant d’entamer cette recherche :
La violence : Selon Larousse « la violence est un caractère de ce qui se manifeste, se produit ou produit ses effets avec une force intense, brutale et souvent destructrice. Ou ensemble des actes caractérisés par des abus de la force physique, des utilisations d'armes, des relations d'une extrême agressivité. »
Incontestablement, les colons ont inventé plusieurs termes afin de coloniser certains pays sous prétexte de les civiliser, tels que : protectorat, mandat et colonisation de peuplement. En général, dans les pays colonisés par ce dernier terme, ils ne se libèrent que par la violence comme l’Algérie et l’Angola. Et aussi Palestine faisant partie de ce genre de colonisation.  
La colonisation de peuplement : est un processus basé sur trois piliers : l’invasion est une composition, une structure, une série de manœuvre et d’évènements sans arrêts dont l’envahisseur est là pour rester, c'est-à-dire, le colon n’a pas l’intention de repartir, au contraire son but est de se transcender, de dépasser et de s’élever au-dessus de tous. L’occupant se sers de tous les moyens pour réaliser son projet afin de rester, de décimer le colonisé, d’exploiter ses richesses et d’inventer une nouvelle histoire, de créer des mythes et d’effacer le passer en vue de le remplacer par de nouvelles anecdotes et de nouvelles fables. Le colon cherche le moment fatidique afin de devenir le nouveau maître, sa virulence se cache derrière un masque d’être quelqu’un qui cherche la paix. (Zertal 2013)

Kanafani et sa nouvelle Retour à Haïfa

Ghassan Kanafani (1936-1972) est un écrivain qui a brandi sa plume comme une arme afin de défendre sa cause, celle de son pays, la Palestine. Il a été assassiné par le Mossad israélien pour ses écrits. Il était le porte-parole du mouvement palestinien de tendance extrême gauche Le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), cette mouvance ayant sa devise :
« La violence révolutionnaire est le seul chemin pour libérer la Palestine. »
La nouvelle Retour à Haïfa raconte l’histoire d’un couple palestinien (Saïd et Safia) qui regagne son pays la Palestine colonisée après deux défaites de 1948 et de 1967. Le lendemain de cette dernière, c’est le moment pour le couple de retourner à leur ville natale pour récupérer l’enfant oublié pendant sa fuite précipitée vingt ans auparavant. À l’arrivée du couple à la maison abandonnée, une famille juive l’occupe, elle a adopté aussi l’enfant oublié Khaldoun qui a pris son nouveau patronyme Dov et qui sert dans l’armée israélienne. La rencontre déchirante entre les parents et leur fils tourne très mal, par conséquent, le père décide de prendre son sort en main par la violence.

Le film : Retour à Haïfa

Le réalisateur irakien Kassem Hawal raconte l’histoire de l’exécution de ce film, il dit : 
« J’avais 50000 dollars comme un budget reçu de FPLP, bien que le film ait besoin d’un budget d’un million de dollars. Alors, j’ai demandé à une actrice célèbre allemande Christina Shourn de faire partie de ce film en insistant qu’elle va travailler sans salaire, elle a alors demandé de lire le scénario, après quoi, elle a accepté le rôle. J’ai reçu 50000 dollars de plus comme un don par les Amoureux de la Palestine et j’ai fais le film à l’aide des habitants de deux camps libanais pour les réfugiés palestiniens : Nahr el-Bared et El-Bedaoui. 3000 réfugiés palestiniens ont participé au film pour exécuter la scène de fuite des palestiniens de leur patrie en 1948, cependant, le gros problème était que nous avions besoin des soldats libanais afin de porter l’uniforme de l’armée israélienne, ils ont accepté après un long refus d’être déguisés en soldats hébreux. J’avais besoin aussi des bateaux que je les ai reçus de la part des pêcheurs libanais qui ont sacrifié une journée sans travail pour le film, et aussi le président libanais Soleimane Frangié nous a autorisé de transformer le port de Tripoli (au nord du Liban) pour se ressembler au port de Haïfa, finalement on a réussi à faire le film avec des acteurs libanais et syriens, le film finalement est sorti dans les salles en 1982. » (Bouder 2018)

Le film a eu un succès, il a été diffusé aussi à plusieurs reprises en Europe en particulier en Angleterre et en France. Sans oublier son succès dans les pays arabes et pour cette raison, la télévision syrienne a produit en 2004 une série de 25 épisodes qui porte le titre de nouvelle Retour à Haïfa et aussi fidèle au texte.

Fanon et Les damnés de la terre

Frantz Fanon (1925-1961), est un psychiatre martinais qui découvre la souffrance des colonisés algériens pendant son travail à l’hôpital de Blida, 50 km à l’ouest d’Alger, durant la Révolution algérienne (1954-1962). Il s’occupait des moudjahidines après leurs tortures, il déserte son travail et en 1958 se rejoint en Tunisie au journal el- Moudjahid, le porte-parole du Front de libération national, après quoi, en 1960, il se fait dénommer comme ambassadeur du gouvernement provisoire algérien au Ghana, en Afrique subsaharienne. Il échappe à plusieurs attentats préparés par les français au Maroc et en Italie. Hélas, il atteint la leucémie, un cancer de sang, quelques temps après, en 1961, il mort à Washington D.C et écrit son souhait d’être enterré en Algérie. Fanon est né martinais, cependant, il est mort algérien en changeant son vrai patronyme contre Ibrahim Omar Fanon. En 1965, son souhait a été exécuté par Chadli Bendjedid, sa dépouille sera transférée et inhumée au cimetière des martyrs près de la frontière tuniso-algérienne.
Son ouvrage Les damnés de la terre a été publié en 1961, un peu de temps avant
sa mort, il a été préfacé par le philosophe français Jean-Paul Sartre, une relation extravagante a été nouée entre les deux hommes pendant une rencontre entre les deux hommes en Italie, une retrouvaille qui a duré trois jours pendant laquelle Sartre était toute ouïe, il écoutait Fanon. Et lorsque Sartre écrira la préface d’essai Les damnés de la terre, il justifie la violence, en plus il ajoute sa vision envers les colonisations. A la sortie de son ouvrage, il a été immédiatement interdit, néanmoins, il s’est rapidement propagé parmi les révolutionnaires dans le monde entier, il devient le manifeste pour celui qui veut analyser, comprendre et lutter contre le colonialisme. Sa vision gauchiste attitre les socialistes et les communistes dont Kanafani qui prêche la même idée. 
Fanon écrit : « … Les fameux échelons qui définissent une société organisée,
ne peut triompher que si on jette dans la balance tous les moyens, y compris  
bien sûr, la violence. » (Fanon 1997, 46)

La violence est-elle la seule voie pour s’émanciper ?

Pour répondre à cette question, il est primordial d’analyser la colonisation de peuplement, selon la définition ci-dessus, le colon veut être le nouveau maître du pays, il a d’ailleurs planifié son plan de liquider et éradiquer le colonisé afin de créer une nouvelle nation celle de nouveau maître. En conséquence, la corrélation entre les deux se base sur être ou ne pas être, il faut qu’un remplace l’autre, dans cette vision, la force est la seule voie à suivre.
Dans cet angle Fanon écrit : « La décolonisation ne passe jamais inaperçue,
car elle porte sur l’être, elle modifie fondamentalement l’être, elle transforme
des spectateurs écrasés d’in-essentialité en acteurs privilégiés, saisis de
façons quasi grandiose par le faisceau de l’histoire. Elle introduit dans l’être
un rythme propre, apporté par les nouveaux hommes, un nouveau langage,
une nouvelle humanité. La décolonisation est véritablement la création
d’hommes nouveaux.» (Fanon 1997, 40)
En revanche, selon Saïd, le protagoniste de la nouvelle Retour à Haïfa, il refuse d’accorder à son fils cadet Khalid l’autorisation de se rejoindre aux fédayins, pour lui, il a assez donné après la perte de son fils aîné Khaldoun (qui est devenu Dov). Cependant, après avoir rencontré son fils, qui est un soldat de l’armée israélienne, Saïd change d’avis et s’adresse à Dov:
« Vous pouvez rester chez nous provisoirement ; mais seule une guerre pourra régler le problème. » (Kanafani 1997, 126)

Pour Saïd, la violence est la seule solution pour décoloniser le pays et retourner à sa patrie, une phrase est suffisante pour montrer que Saïd ne croit plus à une autre alternative pour la libération de son pays. Après leur sortie, Saïd et sa femme Safia, de chez eux, de chez les nouveaux maîtres de leur maison. Saïd avoue à Safia pendant leur retour à leur exil : « Je souhaite que Khalid soit parti…pendant notre absence. » (Kanafani 1997, 126)
Cette phrase résume la pensée de Saïd, une vision qui insiste sur le point que la force, voire la violence est la seule solution pour que le pays soit libéré. Il a perdu son fils aîné dans une situation tragique, cependant, il accepte pour une deuxième fois de sacrifier son deuxième fils afin de sortir de sa honte d’être un réfugié, voire un colonisé. D’ailleurs, un réfugié ne perd rien, car il a déjà perdu sa dignité, sa patrie, son passé, son identité, ses souvenirs en devenant réfugié, alors, il ne possède que sa vie pour la sacrifier à l’autel de la liberté. C’est le cœur de la pensée de Kanafani, celui qui insiste dans ses écritures sur l’utilité de la violence, voire la force pour se décoloniser, et pour cette raison, il aurait été assassiné, car le colonisateur possède un plan d’éliminer toute pensée corrélée à la libération de colonisé. Pour Kanafani, être libre signifie un changement radical, un nouveau-né voyant le jour pendant et après la décolonisation, car ce colonisé se libère de sa honte et entreprend à construire à nouveau son identité avec son passé qui aurait perdu. 
Cet angle de Kanafani est totalement une mise en abyme avec l’écriture de Fanon, car la décolonisation est un acte lucide afin que le colonisé reprenne sa liberté, ce geste crée un être nouveau et libre qui tient son sort entre ses mains. Fanon écrit :
« La décolonisation ne passe jamais inaperçue, car elle porte sur l’être, elle modifie fondamentalement l’être, elle transforme des spectateurs écrasés d’in-essentialité en acteurs privilégiés, saisis de façons quasi grandioses par le faisceau de l’histoire. Elle introduit dans l’être un rythme propre, apporté par les nouveaux hommes, un nouveau langage, une nouvelle humanité. La décolonisation est véritablement la création d’hommes nouveaux. » (Fanon 2002, 40)

D’ailleurs, la seule voie afin d’être émancipé et libre c’est la violence, et pour former une société, un État, un pays, la violence est le seul chemin. Fanon continue :
 « … Les fameux échelons qui définissent une société organisée, ne peut triompher que si on jette dans la balance tous les moyens, y compris bien sûr, la violence. » (Fanon 2002, 46)

 Puis, il ajoute :
 « Le colonisé qui décide de réaliser ce programme, de s’en faire le moteur, est préparé de tout temps à la violence,…, il est clair pour lui que ce monde rétréci, semé d’interdictions, ne peut être remis en question que par la violence absolue.» (Fanon 2002, 46)

Fanon et Kanafani sont-ils de même école pour qu’ils prêchent la violence ?

Pour répondre à cette question, il est important d’expliquer la situation internationale après la Seconde Guerre mondiale où le monde est divisé en deux à cause de la Guerre froide entre l’Est et l’Ouest, entre l’Union soviétique et les États-Unis, entre le socialisme, voire le communisme et le capitalisme. En effet, l’URSS soutien les pays colonisés dans leur voie de se libérer et pour cette raison, les révolutionnaires ont reçu le soutien de Moscou avec son idéologie basée sur le marxisme-léninisme.
D’ailleurs, Saïd, le protagoniste de Retour à Haïfa, est la voie d’un courant palestinien actif pendant les années 1960-70, cette génération d’extrême gauche pense que la violence armée est le seul chemin afin de libérer la Palestine. Des mouvements révolutionnaires palestiniens commencent leurs activités militaires depuis 1956, c’est deux ans après le déclenchement de la Révolution algérienne. Certes, les leaders palestiniens de cette époque dont Salah Khalaf alias Abou Iyad qui insiste dans son livre Un palestinien sans identité que la Révolution algérienne, qui a pris la violence comme seul outil de libération, est un exemple à suivre. À cette date, la résistance palestinienne débute et exécute des opérations militaires contre la colonisation israélienne. En outre, Fanon est devenu un auteur incontournable pour les gauchistes afin d’intégrer les rangs des fédayins palestiniens. Fanon écrit :
« Faire sauter le monde colonial est désormais une image d’action très claire, très compréhensible et pouvant être reprise par chacun des individus constituant le peuple colonisé. Disloquer le monde colonial ne signifie pas qu’après l’abolition des frontières on aménagera des voies de passage entre les deux zones. Détruire le monde colonial c’est ni plus ni moins abolir une zone, l’enfouir au plus profond du sol ou l’expulser du territoire. » (Fanon 2002, 46)

Alors, Fanon et Kanafani, tous deux, sont d’une même école avec un parcours différent. Ils utilisent leur plume pour propager leurs idées et leurs pensées, ils ont des écrivains engagés qui luttent pour une cause noble et humaine digne de sacrifier leur vie, car dans ce chemin plein d’obstacles, les militants ont besoin d’un guide, d’un manifeste qui les oriente vers la liberté. Kanafani et Fanon arrivent à un point commun que la violence est la seule alternative pour s’émanciper et ils restent fidèles à leurs idées jusqu’à leur mort, car pour créer à nouveau la nouvelle identité (culturelle, langue et éthique) il fau sacrifier, comme les algériens qui ont perdu plus d’un million personne pour avoir leur liberté, c'est-à-dire, selon eux, le colon ne comprend que la langue de la violence.    

Le film est-il fidèle à la nouvelle ?


En général, les films qui racontent l’histoire d’un peuple en voie de libération ou un roman qui représente une résistance restent fidèle au texte, et l’image aussi demeure au service d’une cause. C’est exactement le film Retour à Haïfa a fait, d’ailleurs, dès le titre, le film essaie d’être fidèle au texte et le réalisateur Kassem Hawal dit :
« Il est important de préserver le titre d’un roman célèbre, car il est déjà connu par les lecteurs. » (Bouder 2018)

La participation des vrais réfugiés palestiniens donne à la première scène de la fuite de la Palestine une image authentique à la réalité. Malgré le budget médiocre, avec la volonté de réalisateur et l’aide reçu des amoureux de la Palestine, le film a réussi de passer le message voulu de Kanafani qu’il reste toujours un espoir de retourner au pays, en particulier avec la dernière scène où l’image s’arrête sur le visage de Khalid le fils cadet de Saïd qui s’entraine avec les fédayins.
Conclusion
En somme, Kanafani a perdu sa vie pour sa cause, comme beaucoup d’intellectuels palestiniens qui ne savent même pas utiliser une arme, néanmoins leur force est leur plume qui fait trembler le colonisateur qui a peur de tout ce qui enracine l’histoire et la mémoire du colonisé.  Fanon aussi qui est le maître de la lutte contre les colonisés, avec son livre Les damnés de la terre et son parcours au cœur des moudjahidines algériens est devenu immortel.
  Très souvent un mot est plus fort qu’une arme, sa force de frappe ébranle les consciences. Cependant, la violence reste pour beaucoup une voie absolue afin de réaliser leur rêve, de récupérer leur identité et de préserver leur culture, et surtout de retourner à leur patrie. En sus de la nouvelle technologie, le cinéma, l’image joue un rôle primordial pour s’avérer et faire éloge aux révolutionnaires et leur acte contre la colonisation. Le film Retour à Haïfa reste un kilométrage incontournable dans l’histoire de la lutte palestinienne pour leur liberté.    
La vie continue pour certains, s’arrête pour d'autres, néanmoins, le rêve de retourner à Haïfa reste immortel par la voie déclarée de Fanon et Kanafani !        A.M

Bibliographie

Livre 
Fanon, Frantz. 2002. Les damnés de la terre. Paris : La Découverte & Syros.
Kanafani, Ghassan. 1997. Retour à Haïfa et autres nouvelles, Trad. Jocelyne &
             Abdellatif Laâbi. France, (Arles) : Édit. Sindbad.
Roy, Raoul. 1977. Marxisme : mépris des peuples colonisés ? Montréal : Editions du
             Franc-Canada.
Zertal, Idith. 2013. Les seigneurs de la terre : histoire de la colonisation israélienne
              des Territoires occupés. Paris : Éditions du Seuil.

Site Web
Bouder, Ahmed. 2018. « Kassem Hawal raconte au magazine el-Hadaf les coulisses de la production du film Retour à Haïfa » En Ligne :   https://ghassan.hadfnews.ps/post/52/ (Page consultée le 9 mars 2019)
Oussam, Mehdi. 2008. « La diffusion du film Retour à Haïfa réalisé par l’irakien Kassem Hawal. » En ligne : https://elaph.com/Web/Cinema/2008/4/324738.html#.XIJ0GDazHuo.email
(Page consultée le 9 mars 2019)


vendredi 18 janvier 2019

Après le printemps vient l'hiver dans le Monde Arabe!

Le monde arabe reste figé dans le temps devant la troisième vague de démocratisation en Amérique latine les années 1980, puis en Europe de l’Est et en Afrique les années 1990. Beaucoup d’élite pensent que ce territoire géographique reste loin de la transitologie, car il s’est habitué à l’autoritarisme. Cependant, sans personne ne se rend compte, le peuple arabe soulève dans certaines capitales en scandant : « Le peuple veut la chute du régime. »

Par: Adam Mira

Le 17 décembre 2010, humilié publiquement, après avoir reçu une gifle d’une policière, Mohamed Bouazizi, un commerçant ambulant tunisien, se donne la mort par immolation. Ce geste désespéré déclenche des manifestations un peu partout dans le pays.
Arrivé au pouvoir le 7 novembre 1987 par un coup d’État blanc, le président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali a tenu le pays d’une main de fer jusqu’à sa fuit avec sa famille le 14 janvier 2011. (Feki 2018)
Après la Tunisie, le pharaon de l’Égypte Hosni Moubarak tombe, puis comme un jeu de dominos, des présidents arabes, pourtant au pouvoir depuis des années, ils se retrouvent face à leurs peuples enragés et déterminés. Certains présidents arabes ont résisté, d’autres ont été assassinés ou emprisonnés et quelques-uns se sont accrochés au pouvoir par tous les moyens et ont déclenché une guerre civile, c’est le cas du Yémen.
Après 35 au pouvoir, le 25 février 2012, le président yéménite Ali Abdallah Saleh quitte son poste sous la pression de la population enragée. Cependant, son départ a plongé le pays dans une guerre civile qui est devenue une guerre régionale.  (Feki 2018)
À la lumière de ce qui est écrit ci-dessus, la question de cette recherche est:
Pourquoi les révoltes populaires appelées "printemps arabe" ont-elles donné des résultats différents : en Tunisie, en Égypte et au Yémen ?
Il y a des facteurs essentiels dans cette étude: l’un historique, le second culturel et l’autre économique qui peuvent expliquer les causes du déclenchement de ces révoltes populaires et les différentes conséquences qui en découlent sur certains pays.

Choix et justification  

Le choix de ce sujet bien délicat est très important, car depuis l’arrivée du printemps arabe, le monde vit une situation houleuse : des vagues d’immigrations frappent l’Europe, des milliers d’aventuriers et des rêveurs avec femmes et enfants meurent dans la méditerranée afin d’atteindre les côtes européennes. Sans oublier, le terrorisme qui a frappé durement certaines capitales occidentales pour faire peur aux gouvernements du monde entier. Des massacres, des génocides sont perpétrés, des armes chimiques sont utilisées contre des populations innocentes rêvant leur liberté.

La méthodologie

La recherche actuelle se base sur des méthodes scientifiques afin de bien analyser les facteurs et les aspects figurent dans les pays choisis. Les approches du sociologue américain Barrington Moore, sur les origines sociales de la dictature et de la démocratie, résument que la démocratie est une bataille longue. Pour y arriver à son but, elle doit avoir trois points : couper la route devant le teneur de pouvoir, implanter un pouvoir juste et rationnel à la place de pouvoir renverser et donner au peuple le pouvoir de participer à la mise en place des pouvoirs. (Moore 1969) Aussi, l’approche institutionnelle où les institutions sont des variables explicatives : l’histoire, la culture et les acteurs sur la scène politique. (Gazibo, Jenson 2015) 
Cette méthode servie à la merveille cette recherche, car dans les trois régimes déchouent, les soulèvements populaires renversent les pouvoirs en espérant d’installer un régime démocrate, cependant, comme Moor dit la démocratie est un long combat, alors les peuples dans les pays choisis ont franchi le seuil et ouvert la porte pour qu’un jour la démocratie s’installe!  

Les facteurs 

 L’Égypte, la Tunisie et le Yémen souffrent depuis des décennies de problèmes politiques et économiques. Dans un climat marqué par l’autoritarisme, la corruption à grande échelle et l’inégalité sociale, la technologie Web 02 apparait en tant que nouveaux moyens d’information que les soulèvements populaires l’utilisent pour changent la façade figée du monde autoritaire de ces trois pays. (Feki 2018)
L’institutionnalisation de l’armée, de la corruption, de clientélisme et de l’appareil coercitif pendant des décennies ne laisse aucune chance aux milliers de jeunes chômeurs illettrés et diplômés de sortir à la rue. Seule la rue porte en elle l’espoir de réaliser leur rêve, celui de renverser le Pharaon ou le Général.  
Les facteurs institutionnels sont l’axe principal de changements à grande échelle menés par le bas dans la société arabe. Ces institutions expliquent clairement la cause de la rage de la société révoltée et la colère qui amène les gens chômeurs à protester contre les régimes en questions.   
Les soulèvements débutent avec des revendications économiques, mais rapidement, ils se transforment à des revendications politiques, des souhaits de renverser le régime en implantant un régime démocratique. Des révoltes venant de bas, de la société marginalisée depuis toujours contre un régime qui fait de la violence sa seule légitimité. D’ailleurs, briser la barrière de peur est une grande manœuvre envers la liberté. L’éradication des institutions implantées au fil des décennies est la cible primordiale pour les remplacer par les institutions démocratiques.

Points de bascule : des moments charnières

Tous les pays arabes sont colonisés sauf le Yémen du Nord. L’Égypte et la Tunisie ont été sous les protectorats anglais et français respectivement.
Après l’indépendance accordée aux colonisés, les années au milieu de XXe siècle, les facteurs externes jouent un rôle incontournable dans le changement de régime tel que l’Égypte.
Le 14 mai 1948, David Ben Gourion proclame la naissance d’Israël en Palestine. Une armée s’organise rapidement par des pays arabes dont l’Égypte, la guerre déclenche entre Israël l’armée arabe dont l’armée israélienne remporte la guerre. Un officier dénommé Gamal Abdel Nasser retourne à son pays après la défaite, il fonde un mouvement secret au sein de l’armée égyptienne, en 1952, les Officiers libres de Nasser accèdent au pouvoir. Ils renversent la monarchie et proclament la République. Nasser fait deux promesses : construire une armée et rétablir une économie solide. En 1956, il nationalise le Canal de Suez, tisse une belle relation avec l’Union soviétique et implante un système nationaliste. (Mirel 1982)
Le régime se personnalise autour de Nasser, le raïs. Cette période est marquée par confisquer les biens de riches et la distribution de terre au Fellah, la gratuité de l’éducation, la censure, la torture et la pression sur le mouvement des Frères musulmans, une économie en voix de développer et tout le monde travaille, le raïs compte sur sa légitimité de fonder un pays moderne. En 1967, Nasser subit une défaite douloureuse devant Israël, l’économie se fond et l’armée est presque détruite. Trois ans plus tard, il succombe à une crise cardiaque, son successeur, Anwar el-Sadat, un militaire, arrive au pouvoir par un référendum. En 1973, il mène une guerre contre Israël et il la remporte. Il reçoit sa légitimité après avoir effacé la honte de deux défaites de Nasser, alors il renforce son pouvoir, après quoi, il change le régime socialiste contre autre libéral, il ouvre la voie devant les islamistes pour affronter l’extension de gauche, la liberté d’expression s’étire, une liberté limitée s’installe. À côté de cette réforme interne, il signe un Accord de paix avec Israël et devient l’ami des États-Unis. (Mirel 1982)   
Sadat est l’opposé de Nasser, cependant l’armée devient un État dans l’État. En 1981, Sadat est assassiné par une militaire islamiste. Un nouveau militaire, Hosni Moubarak, accède au pouvoir, il élimine les islamistes et impose la sécurité et l’ordre dans le pays et renforce sa relation avec les États-Unis, il continue dans la voie de Sadat, la violence est une affaire d’État.
Après deux décennies au pouvoir, Moubarak veut que son fils cadet Gamal devienne son successeur, un banquier, hors l’entreprise de l’armée, politicien discret et peu populaire, il est devenu l’homme redouté de régime, il nomme le premier ministre, les ministres et les députés grâce à son poste au sein du Parti national démocratique au pouvoir. L’armée gère son empire économique et Gamal avec son frère aîné Alaa et leurs proches gèrent aussi une bonne partie de l’économie, le chômage arrive au zénith et la vieillesse de régime est bien claire. (Guidère 2015)
Le régime institutionnalise le clientélisme, l’inégalité à grande échelle, la corruption et l’appareil coercitif qui surveille chaque souffle de peuple étoffé. L’explosion vient et renverse le Pharaon après quelques semaines de résistance. L’armée égyptienne refuse de soutenir Moubarak, elle ne veut pas que Gamal soit le nouveau président, même la justice égyptienne met en prison Moubarak est ces deux fils. (Daguzan, Valter 2014)
En revanche la Tunisie, un pays minuscule au Nord d’Afrique, elle accède à l’indépendance en 1956 après des soulèvements pacifistes contre le protectorat français. Ce dernier accepte de partir afin de s’occuper de sa guerre contre la Révolution algérienne. Habib Bourguiba, accède au pouvoir, proclame en 1957 la République et établi un État moderne et laïc. Il donne aux femmes une liberté égale à l’homme, interdit la polygamie et marginalise la religion. Il concentre ses efforts sur l’éducation et le développement économique. (Wilmots 2001)
Le régime se personnalise par l’appareil policier s’organisant autour de Bourguiba. L’armée reste à l’écart sans aucun rôle dans la vie politique. Malgré sa santé en déclin le moudjahid suprême s’accroche au pouvoir et refuse de partir, la situation économique devient précaire et débouche sur un soulèvement du pain en 1983. La montée des islamistes se continue depuis le début des années quatre-vingt. Le clientélisme et la corruption s’institutionnalisent avec un président faible et malade. En conséquence, en 1987, son premier ministre, un ex-militaire, Zine el-Abidine Ben Ali fait un coup d’État blanc, il renverse Bourguiba et accède au pouvoir sans partage. 
Ben Ali élimine sans pitié les islamistes et développe à grande échelle l’économie. La Tunisie se développe rapidement et la situation s’améliore graduellement. La nouvelle posture donne à Ben Ali une légitimité, il tient sa promesse de développer l’économie et limite les mandats de président. Cependant, il renforce l’appareil coercitif qui mésaule n’importe quelle voix s’exprimant contre le régime. Le nouvel arrivant au Palais présidentiel essaie d’avoir plus d’investissements dans le pays, en profitant de la relation tendue entre l’Algérie et le Maroc à cause de Polisario, donc chaque année un million algérien passe les frontières pour ses vacances en Tunisie. Des milliers de Libyens aussi y passent de longs jours, la Tunisie semble pour des Libyens leur deuxième pays, surtout la Libye de Kadhafi subissant pendant des années un embargo aérien à cause de son soutien aux mouvements extrémistes et l’affaire de Lockerbie. Pourtant, les villages tunisiens restent marginalisés, le chômage, la pression policière, la pauvreté et la drogue dominent la situation. Cependant, un militaire ne gouverne jamais seul, alors retour à la case départ, il aussi institutionnalise le clientélisme et la corruption, la famille de la femme de Ben Ali est la vraie maîtresse du pays en coulisse. (Guidère 2015)
Après l’incident de Bouaziz à Sidi Bouzid, une petite ville, les soulèvements débutent et arrivent aux portes du Palais présidentiel à Tunis. Des soulèvements pour des raisons économiques, ils se métamorphosent en des revendications politiques, quelques semaines après, le régime Ben Ali cède et le peuple remporte la première manche.  (Feki 2018)
En effet, le Yémen est la seule République dans la péninsule Arabique, un pays tribal de confession 47 pour cent zaydite chiite et 53 pour cent chaféite sunnite. Il était divisé pendant longtemps entre le sud et le nord. D’ailleurs le Yémen du Nord n’a jamais été colonisé et dominé par l’Imamat zaydite jusqu’en 1962 où l’armée prend le pouvoir. En revanche, le Yémen du Sud reste sous protectorat anglais jusqu’en 1967. L’armée yéménite au sud et au nord se dispute le pouvoir. En 1990, le Yémen du Sud et le Yémen du Nord s’unissent et fondent un Yémen uni sous la gouvernance d’Ali Abdallah Saleh. (Arendonk 1960)
D’ailleurs, le Yémen est aussi le berceau de la famille d’Oussama Ben Laden, grâce à la guerre contre le terrorisme déclenchée après l’attaque terroriste de 2001 aux États-Unis, le Yémen Uni se trouve d’être obligé de devenir l’allié de l’Arabie saoudite et des États-Unis, sinon il sera une cible potentielle comme l’Irak. Al-Qaïda alors s’installe au Yémen et mène une « guerre sainte » contre le gouvernement à Sanaa, la capitale du Yémen Uni.
En 1978, Ali Abdallah Saleh, nommé le petit caporal, accède au pouvoir après l’assassinat du président Ahmad Ben Hussein al-Ghashmi, l’Assemblée constituante le nom président. Tous les signes débouchent sur un seul point que Saleh ne resterait au pouvoir que quelques mois. Toutefois, il gouverne 35 ans sans partage, jusqu’à son départ forcé en 2012. Dès son arrivée à la tête du Yémen du Nord, il désigne ses proches aux postes clés, distribue d’autres aux différentes tribus. En revanche, ses fils et ses neveux s’adhèrent à l’armée. Dès le départ, il institutionnalise le clientélisme, la corruption et l’armée. (Bonnefoy 2017)  
Saleh prétend nommer son fils aîné Ahmed, un général de l’armée yéménite, en tant que son successeur. Cependant, il tombe dans plusieurs pièges, il marginalise le peuple du Sud, l’État perd des milliards de dollars à cause d’une administration corrompue et l’économie dans situation lamentable, il est classé, selon United Nations Development Programme, parmi les pays le plus corrompu dans le monde, avec 35 pour cent de taux de chômage et 45 pour cent de sa population vivant en dessous du seuil de pauvreté fixé à 2 dollars par jour. En plus la guerre contre Al-Qaïda, puis l’émergence de Houthis, un mouvement zaydite chiite, qui demande l’égalité, le développement de lieux ruraux et proteste l’alliance entre Saleh et les États-Unis et l’Arabie saoudite. La guerre de Saleh s’allergie, plus de la moitié du budget est pour la sécurité et l’armée, le peuple yéménite finalement soulève contre Saleh qui s’accroche au pouvoir et refuse de partir. Cependant, le peuple persiste et finalement Saleh cède et part pour plonger le pays dans une guerre civile. (Bonnefoy 2017)     

Contre révolution

En Égypte et en Tunisie, chacune réussit à rédiger une constitution et à organiser des élections législatives et présidentielles. En revanche, au Yémen, la situation s’obscurcit et une guerre sans issue continue. Cependant, il est important de définir certains termes pour éclairer les étapes prochaines de cette étude.

-          Les Frères musulmans :

Un mouvement fondé en 1928 à l’Ismaïlia en Égypte par le Sheikh Hassan el-Banna, assassiné en 1949. Les Frères font une étroite relation avec l’armée égyptienne. À l’époque du protectorat, la famille de président Anwar el-Sadat, un partisan du mouvement, reçoit un salaire mensuel de 10 livres égyptiennes pendant son incarcération, même el-Banna donne des cours religieux aux soldats égyptiens. (Sadat 1978)
Grâce à l’Université d’al-Azhar au Caire où chaque année reçoit des étudiants du monde musulman pour étudier l’Islam. Le mouvement s’installe dans tous les pays, il recrute les étudiants musulmans et pendant quelques années, ce petit mouvement devient parmi le plus grand et riche au monde. Il possède des branches sous différents noms un peu partout dans le monde, reçoit aussi des dons considérables de ces membres et de riches musulmans.  Il est flexible, c'est-à-dire, chaque branche est libre de son administration, car chaque pays possède sa situation particulière. Néanmoins, le président du mouvement reste toujours égyptien, il reçoit le serment de tous les leaders de différentes branches dans le monde. Le mouvement entre en conflit avec le gouvernement égyptien les années 1960 et devient interdit, il choisit le travail social et implante un immense réseau où se trouve, pour cette raison, lorsque le printemps arabe apparaît, les islamistes sont prêts d’accéder au pouvoir dans les pays en question et ailleurs. En effet, les Frères musulmans sont le mouvement le plus ancien, tous les mouvements islamistes qui émergent après, ils possèdent un lien avec la maison mère, Ayman el-Zawahiri le chef actuel d’Al-Qaïda était un adepte de ce mouvement. (Véliocas 2016)

-          Chiite et sunnite :

Après la mort du fondateur de l’islam Mohamed en 632 d’ère commune, un conflit déclenche entre ses apôtres, l’islam se divise en deux : chiisme et sunnisme. Les chiites choisis de suivre Ali, le gendre du Prophète, en tant que le seul légitime d’être le successeur de Mohamed, au fil de temps ils se devisent en plusieurs branches dont les zaydites au Yémen. Les chiites sont 15 pour cent des musulmans dont l’Iran est leur leader. (Bencheikh 2001)
Les sunnites optent pour la voie du Prophète, ils suivent ces traces et imitent ce qu’est écrit sur lui dans la Sira, l’histoire de Mohamed. Les sunnites sont 85 pour cent des musulmans dont l’Arabie saoudite est leur leader, car il dirige les lieux les plus saints dans l’Islam : La Mecque et la Médine.  (Bencheikh 2001)
En ce sens, la religion est une culture qui devient au fil de temps une identité dans le monde arabe dont les trois pays en question. Malgré l’implantation de l’État laïc en Égypte et en Tunisie, la religion reste un élément incontournable dans la société arabe, comme Ramadan, le mois de jeûne, est une période sacrée dont les personnes qui ne le respectent pas publiquement, elles reçoivent une peine de prison entre un mois et un an, beaucoup de volontaires peuvent exécuter cette loi avec joie. En effet, la religion après l’arrivée du printemps arabe est devenue un facteur majeur en Égypte et en Tunisie, bien qu’elle y soit depuis toujours au Yémen un facteur dominant dans la vie politique. (Corm 2015)
La religion est une institution qui jour un rôle de clivage dans la société arabe, et cause de guerre entre les différentes branches de même religion, et donne l’opportunité aux étrangers de se mêler dans ce conflit interne comme le cas yéménite.

Le vent qui tourne 

     Dans le cas égyptien, l’Armée perdrait son état parallèle avec un président hors l’institution militaire. Par conséquent, elle sacrifie le président Moubarak au profil des généraux. Cependant, les Frères musulmans qui rêvent le retour sur la scène, ils fondent, en 2011, leur parti politique Le Parti de la Liberté et de la Justice. L’année prochaine avec des élections libres jamais vu en Égypte, Mohamed Morsi, un militant fervent de confrérie, intellectuel avec une éducation américaine, élu en tant que président en 2012 avec 51,73 pour cent de suffrage universel. (Stadnicki 2015)
Morsi devient immédiatement l’ennemi juré de l’Armée et ses alliés élites, notamment ces derniers se trouvant marginalisés à l’arrivée de nouveau régime élu démocratiquement et légitime. Le nouveau régime a le devoir de résoudre tous les problèmes du régime militaire au pouvoir pendant cinquante ans (1952- 2011). C'est-à-dire qu’il doit commencer à zéro par rédiger une nouvelle constitution et institutionnaliser la démocratie. Toutes les institutions (la corruption, le clientélisme, l’appareil coercitif et l’armée) doivent être démantelées. Morsi n’a pas l’expérience, son comportement est loyal aux Frères musulmans, il commet des fautes après l’autre, il n’arrive pas à résoudre un seul problème, les gens sont pressés, néanmoins, le temps se fige dans une Égypte déchirée. L’armée renforce son lien avec les élites, ces derniers soutiennent l’armée. (Guirguis 2015)
En effet, Abdelfattah el-Sissi reçoit l’accord de l’armée et fait son coup d’État sanguinaire le mois de juillet. En 2013, pendant deux jours, 14 et 16 août, l’armée attaque le sit-in pacifiste des islamistes contre le coup d’État. La place Rabia-El-Adaouïa au Caire est le témoin de ce massacre où des centaines ont péri sous les balles réelles. La machine des médias appui l’acte et une nouvelle ère survole en Égypte. Les islamistes optent pour la clandestinité, ils portent les armes et entament leur guerre contre l’armée, leurs leaders sont en prison incluant le président Morsi et le guide suprême de la confrérie. Le Maréchal élu et réélu avec 98 pour cent et il n’a pas l’air de céder son siège. L’autoritarisme retourne à dominer le pays à grande échelle, la défaite du soulèvement est amère. Tous les visages connus participant au printemps égyptien sont derrière les barreaux, malgré la situation lamentable de l’économie, la censure et le retour en force de l’appareil coercitif et la condamnation de la religion, le peuple reste muet sans voix, il préfère la sécurité à la place de la liberté. (Guirguis 2014)
L’économie est dans une situation catastrophique, Sissi déclenche un projet de sauvetage à l’aide de l’Arabie saoudite et de l’Émirats arabes unis, mais sans succès. Il retourne à l’époque de Nasser, il renforce l’appareil coercitif, et l’armée s’occupe de la guerre contre les djihadistes au Sinaï. Il met tous les opposants en prison, même ses collègues de l’armée qui ont tenté leur chance de se présenter aux élections présidentielles. Le système utilise le terrorisme comme un instrument pour condamner les Frères musulmans, éliminer les opposants et donner le pouvoir sans partage au Sissi.
En effet, les élections législatives et présidentielles qui ont amené les islamistes au pouvoir ne représentent pas réellement la société égyptienne, car six ans avant le printemps égyptien, il y a eu des mouvements civils-laïcs comme : 6 April, Kefayya (ça suffi) et d’autres, ils manifestaient régulièrement contre le régime et demandaient son départ, les islamistes, en particulier les Frères musulmans manifestent un peu plus tard. Cependant, ces derniers gagnent rapidement la rue grâce à leur réseau et à leur organisation. Les jeunes qui utilisent les réseaux sociaux sont partout en Égypte, toutefois, ils leur manquent un leader qui est capable de les incarner, en revanche, les islamistes sont prêts depuis toujours de s’emparer de pouvoir, d’ailleurs ils se préparent depuis décennies et finalement, ils profitent de cette aubaine inédite et accèdent au pouvoir par des votes légitimes. (Ghonim 2012)
Alors, l’armée reçoit l’appui des petites villes dont l’Association des Frères musulmans aide les pauvres et les démunies, les députés de confrérie qui ont été élus, ils quittent leurs villes afin de s’installer au Caire, ils ont tout de suite oublié leurs électorats, beaucoup d’électeurs votent contre les islamistes et donnent leurs voix à l’armée, ils ont pris cette décision par vengeance ou manque de culture politique, bien que certains villages restent fidèles aux islamistes. (Stadnicki 2015)   
En effet, après une période provisoire, en 2014, l'Assemblée constituante élue le 23 octobre 2011 à la suite de la révolution adapte une nouvelle constitution et organise des élections législatives et présidentielles, au premier temps, une majorité de la population donne sa voix aux islamistes, el-Nahda, une branche des Frères musulmans. Il gagne les rues tunisiennes, malgré la majorité des opposants qui sont laïcs : des nationalistes, des gauchistes et le féminisme est bien imposée dans la société. Néanmoins, el-Nahda remporte durant la première élection législative libre organisée jamais vu en Tunisie 89 sièges de 217. Ils forment le gouvernement avec son allié Mouncef el-Marzouki, un militant laïc pour le droit de l’homme et un opposant farouche de Ben Ali, el-Nahda dirige le gouvernement et Marzouki est le président de pays. (Feki 2018)   
En 2014, el-Nahda perd le pouvoir, et les Tunisiens votent pour Nidaa Tunis un parti politique laïc. Il accède au pouvoir avec le support d’el-Nahda, les Frères musulmans tunisien choisissent leur pays à la place de la confrérie. En dépit de plusieurs assassinats contre des militants laïcs, et des accusations menées contre el-Nahda, la restauration de la démocratie continue au pays. Le président tunisien actuel est un laïc et le fils de deux régimes implantés après l’indépendance, sa gouvernance sort d’une crise pour tomber dans d’autres, son fils essaie d’être un successeur légitime par le parti Nidaa Tunis, cependant, beaucoup de membres luttent contre lui et le Parti se divise. Bien que des islamistes tentent leur chance de commettre des attentats en vue d’affaiblir le régime, le peuple tunisien reste vigilant contre n’importe quelle tentative d’implanter à nouveau l’autoritarisme et d’institutionnaliser la corruption et le clientélisme. (Guidère 2015)
Dans d’autre cas, le Yémen n'arrive pas à se mettre debout après le départ de Saleh, ce dernier quitte le pouvoir et laisse sa place à son vice-président Abdrabo Manseur Hadi qui est d'origine du Yémen du Sud. En 2012, il est élu comme président dans des élections de suffrage universel pour deux ans. Saleh tisse en 2014 une relation avec les Houthis, ses anciens ennemis, pour qu'il déstabilise le pays et le gouvernement de Hadi.  En 2014, les Houthis s’emparent de Sanaa et une bonne partie du pays, l’Arabie saoudite déclenche en 2015 L’Opération Tempête décisive pour chasser les Houthis, un front régional et arabe sous l’égide de l’Arabie saoudite pour chasser les Houthis. Ces derniers renforcent leur relation avec Iran chiite qui est l’ennemi juré du Royaume sunnite. D’ailleurs, l’Iran essaie à travers ses milices de devenir le leader incontournable du Moyen-Orient, ses milices se trouvent en Irak, au Liban, en Syrie et au Yémen. L’Arabie saoudite considère le Yémen en tant que sa profondeur stratégique, elle refuse de laisser aux alliés d’Iran de menacer sa sécurité. Surtout qu’il y a aussi Al-Qaïda qui joue un rôle important dans l’instabilité de Yémen et le gouvernement de Hadi qui essaie de restaurer le pays et rétablir une démocratie, cependant, la situation se grade jour après jour et la guerre se poursuivi entre les Houthis et Hadi soutenu par l’Arabie saoudite. En 2017, Saleh est assassiné par les Houthis après avoir rompu son alliance avec eux. (Bonnefoy 2017)
Le Yémen possède une situation très compliquée par rapport aux autres pays, un pays tribal, les traditions sont plus fortes que la loi de l’État, l’Assemblée de peuple est composée de Sheikh ou de leurs fils qui représentent leurs tribus, l’absence d’une classe moyenne qui peut stimuler le pays, progresser son économie et la vie politique, les Frères musulmans présentés par le Parti politique al-Islah se trouvent dans l’opposition contre Saleh et qui présente en même temps la tribu el-Ahmar la plus puissante au Yémen, les sudistes qui prétendent de se séparer du Yémen du Nord. En plus, la situation économique et l’institutionnalisation de la corruption, de népotisme, de clientélisme et de l’armée. Sans oublier les intérêts régionaux et américains d’avoir un Yémen stable afin d’éradiquer Al-Qaïda et mets fins à la révolte des Houthis. Une situation délicate qui ne laisse aucun espoir.  

La défaite de transitologie dans les trois pays

             Le printemps arabe a de différentes sortes en Égypte, en Tunisie et au Yémen pour des raisons dépendantes de chaque pays.
Pendant une rencontre avec l’ex-président tunisien el-Mazouki à Montréal en 2017, il avoue que les régimes autoritaires arabes ont vidé la société civile de ses leaders, ils n’ont permis à aucune tendance d’avoir une base populaire. Pour cette raison, à l’arrivée du printemps arabe, les soulèvements populaires sont en général devenus des affrontements violents entre le peuple et l’appareil coercitif ou l’armée. Auparavant, la violence était le monopole de l’État, mais après 2011, tellement la société a vécu de violence pendant des décennies, la violence est devenue la seule solution de régler la moindre de litige.
En Égypte, l’armée qui a la mainmise sur le gouvernement, ses intérêts économiques colossaux et son rapport avec les élites renforce son pouvoir. Pour cette raison, il serait impossible que l’armée laisse le pouvoir à un civil, et la révolte de bas est condamnée à la défaite, car elle manque d’un leader qui pourrait menacer la gouvernance de l’armée. Le nouveau régime du maréchal el-Sissi qui institutionnalise à nouveau le clientélisme, la corruption et l’appareil de coercitif et ajoute le terrorisme comme un élément qui fait peur au peuple étoffé. La peur d’une guerre civile est la seule explication qui tient le peuple égyptien immobile malgré la situation catastrophique sur tous les champs : économique, sécuritaire, politique et démocratique, mais l’arrivée d’une nouvelle vague de révolte est une question de temps, 
En revanche,  la Tunisie reste un pays particulier dans le monde arabe qui a choisi la voie démocratique, car l’armée est à l’écart depuis l’indépendance, la société civile est très active, les islamistes et les laïcs se côtoient sans soucis, bien que la Tunisie soit le premier pays arabe qui a des djihadistes en Syrie et en Irak, cependant, malgré la montée des intégristes en Tunisie, il y a une volonté gouvernementale et populaire afin de restaure un pays démocrate dont la femme prend le cœur de cette restauration. Le peuple tunisien est conscient de ses droits et de la démocratie comme un élément important pour le développement de pays et pour sa stabilité, pour cette raison, la voie vers une démocratie reste probable dans un pays où l’armée reste à l’écart.
En effet, le Yémen reste une situation difficile à trouver une solution dans un futur proche, car il y a des problèmes internes liés avec la construction de la société yéménite en tant qu’une société tribale et religieuse, la guerre contre Al-Qaïda et externes liés avec l’Iran qui soutient les Houthis, d’autant plus l’armée qui joue le rôle principal et possède la mainmise sur le pouvoir, sans oublier les sudistes qui rêvent la séparation. C’est un État mélangé entre les tribus, la tradition et l’armée. Le soulèvement de jeunes Yéménites a échoué, car l’armée est forte et elle ne laisse pas sa place à personne, et si un jour la guerre est finie, l’armée seule aurait la grande opportunité de retourner au pouvoir, car la classe moyenne qui le moteur de tout changement n’existe pas civile. Il est probable que le Yémen du Sud se sépare, dans ce cas, la situation serait beaucoup mieux, car le destin de deux Yémen est différent historiquement.                                                                                                               

Conclusion 

Tous les yeux des jeunes arabes sont orientés vers l’expérience tunisienne, le berceau du printemps arabe. Si la Tunisie réussit à restaurer une démocratie, l’armée comptera ses jours en Égypte et au Yémen. Dans ce cas, une question qui se pose : le monde arabe restera-t-il dominé par des autoritaires et refuse la restauration de la démocratie ?
La réponse vient par Moor que la bataille de la démocratie est très longue. Cela dit le peuple arabe devra se rappelle de l’Angleterre qui a combattu des siècles pour qu’elle devienne la source de toutes les démocraties mondiales. Donc, lorsque la société civile arabe devient active et prend conscience que la démocratie est la seule voie pour construire un pays moderne, dans ce cas, une nouvelle vague de démocratie frappera ce territoire.                                                                          A.M